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Air France: quelle suite après les incidents?

Pour l'instant, les choses sont au point mort chez Air France.

Pour l'instant, les choses sont au point mort chez Air France. - Kenzo Tribouillard - AFP

Le comité central d'entreprise de la compagnie aérienne a été brutalement stoppé lundi. Pourtant, il était nécessaire pour l'avenir du groupe.

Et maintenant, il se passe quoi? Le CCE d'Air France s'étant terminé en pugilat, les négociations entre la direction et les syndicats sont au point mort.

Pour l'heure, aucune réunion n'est programmée. Le temps de laisser les choses se calmer. Seule information: un conseil syndical est prévu, le 8 octobre, au syndicat national des pilotes de ligne. Il est fort à parier que la direction ne bougera pas d'ici là.

L'Etat ne jouera pas un rôle plus important

Le président du SNPL Air France, syndicat majoritaire chez les pilotes, a appelé l'Etat à sortir du silence. Il a pointé sur Europe 1 le rôle de l'Etat, qui détient 17% du capital du groupe et est "présent à tous les étages" d'Air France, estimant que la solution aux difficultés de l'ex-compagnie nationale "passera par (ce) troisième acteur qui est actuellement silencieux". Cela fait "des mois que les organisations syndicales demandent à être reçues par le gouvernement, des mois sans réponse", a-t-il affirmé. "Maintenant il faut se mettre autour de la table", a demandé Philippe Evain, en se disant prêt "bien entendu" à reprendre les négociations.

Mais le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain Vidalies, a exclu mardi que l'Etat joue un rôle plus important que celui que lui confèrent les 17% de capital qu'il détient, via l'Agence des participations de l'Etat.

La direction d'Air France s'est également dite "disponible à tout moment pour reprendre les négociations". "Nous restons déterminés à mettre en oeuvre les adaptations indispensables pour assurer la pérennité d'Air France et lui permettre de financer son développement", a précisé le PDG du groupe Air France-KLM, Alexandre de Juniac, en insistant sur le fait que "le redressement de la compagnie ne pourra[it] s'accomplir que grâce à la mobilisation de tous ses personnels".

Vers une négociation intercatégorielle?

Pour une majorité de syndicats, une négociation intercatégorielle peut permettre de sortir de l'impasse. "Pour l'instant, c'est une proposition qui n'est pas très populaire chez les syndicats catégoriels et qui fait peur à Air France", regrette cependant Béatrice Lestic de la CFDT. "Il faut sortir des postures des deux côtés" pour éviter la pleine application du plan de restructuration. Air France prévoit de sortir cinq avions de sa flotte long-courrier en 2016, puis neuf autres en 2017. Il est "hors de question d'aller à cette phase 2", qui selon elle entraînerait plusieurs milliers de suppressions d'emplois supplémentaires.

Le dossier pourrait revenir entre les mains de Gilles Gateau, le directeur de cabinet adjoint et conseiller social de Manuel Valls, pressenti pour devenir directeur des ressources humaines d'Air France.

La survie de la compagnie en jeu

Nicolas Doze, éditorialiste sur BFM Business, se pose la question de la survie de la compagnie. "Il y a 7 années de déficits cumulés. C'est quand même une entreprise qui vaut moins de 2 milliards d'euros en Bourse. Elle vaut trois fois moins que Lufthansa, 5 fois moins qu'EasyJet, 10 fois moins que Ryanair".

Il rappelle que des grandes légendes de l'aérien qui ont trépassé, il y en a beaucoup: "TWA n'est plus là, Panam n'est plus là, UTA n'est plus là, Sabena n'est plus là, Air Liberté a disparu, AOM a disparu".

Selon lui, la compagnie aérienne n'est qu'un acteur commercial. PSA, Renault, Volkswagen sont des secteurs systémiques pour l'industrie. "Une compagnie aérienne qui disparaît, par rapport à un constructeur qui fait fonctionner tout un écosystème, ça n'a pas le même poids".

D. L.