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Voilà pourquoi les jeunes sont meilleurs que nous à l'international

Pour le co-fondateur de Priceminister-Rakuten, Olivier Mathiot les jeunes entrepreneurs hésitent moins que leurs aînés à sortir des frontières.

Pour le co-fondateur de Priceminister-Rakuten, Olivier Mathiot les jeunes entrepreneurs hésitent moins que leurs aînés à sortir des frontières. - France Digitale

Le rapport au monde dans sa globalité a changé pour la génération des entrepreneurs qui se lancent maintenant: à la fois, l'ambition du "born global" est dans leur ADN, alors qu'il y a 10 ou 15 ans on envisageait l'internationalisation comme un espoir pour une deuxième ou troisième étape.

Le 2 février vous animerez une session inédite: l’international dans l’ADN de l’entrepreneur, avec Thierry de la Tour d’Artaise, PDG du groupe SEB et Didier Rappaport, PDG de Happn. Qu’est-ce qui d’après vous a changé depuis 10 ans dans l’état d’esprit de l’entrepreneur ?

Le rapport au monde dans sa globalité a changé pour la génération des entrepreneurs qui se lancent maintenant: à la fois l'ambition du "born global" est dans leur ADN, alors qu'il y a 10 ou 15 ans on envisageait l'internationalisation comme un espoir pour une 2eme ou 3eme étape. En outre, l'accès au financement s'est également mondialisé. De plus en plus de projets montés par des français sont soit achetés soit partiellement financés par des fonds ou des industriels étrangers.

Les startups françaises pourraient combler le retard international qu'on a souvent reproché à nos PME en comparaison avec l'Allemagne ou le UK. Une réflexion importante à mener, notamment en regard de la rencontre sur scène entre SEB et Happn, est celle de l’agilité : si on "pense" le monde, alors il faut s’en donner les moyens. Les moyens dépendent des marchés et de la concurrence, de la taille de l’entreprise (son stade développement, sa maturité), et aussi de sa culture (stratégie d’organisation).

Le point essentiel qui se pose est celui de la croissance puisque sans croissance on finit par décroitre. L’internationalisation est donc un esprit conquérant qui doit être incarné tout en haut de la gouvernance mais avec une profonde remise en cause des process autour du concept d’"empowerment".

Le CEO ne peut pas porter seul la globalisation et la lenteur des process dans un grand groupe peut être handicapant. La question paradoxale qu’on tentera de poser lors du Forum est donc: est-il plus facile de s’internationaliser quand on est gros ou quand on est encore petit? On s’interrogera sur le modus operandi: Comment y aller? Greenfield? Par croissance externe ? Ou encore en recrutant les bonnes personnes sur place ou envoyant les meilleurs de Paris ? Enfin, il reste une question essentielle: par quel pays commencer et à quel rythme ? Les exemples de Blablacar, Criteo ou dernièrement de ventes-privées.com dans le web sont édifiants !

Vous entamez votre 2ème mandat en tant que co-président de France Digitale aux côtés de Jean-David Chamboredon, PDG d’Isai, qu’avez-vous prévu pour l’écosystème digital dans les 2 prochaines années ? Quels changements attendez-vous ?

J'ai connu Jean-David en tant qu'investisseur représentant le fond anglais 3i qui avait financé Priceminister en 2005. J'ai ensuite été porte-parole à ses côtés du mouvement des Pigeons en 2012. Aujourd'hui il succède à Marie Ekeland qui a été la toute première coprésidente de France Digitale avec le succès qu'on connaît. Le projet de l'association qui représente les startups et leurs investisseurs ne change pas : favoriser l'émergence de champions mondiaux du numérique d'origine française, mais l'ambition monte! Dorénavant tout le monde a compris l'importance de cette économie génératrice de croissance et d'emplois, mais la France accuse toujours un retard évident : le nombre de "licornes" et le nombre d'emplois créés en France demeurent des objectifs lisibles qui permettent d'identifier les freins et les forces du pays dans ce domaine.

Pour accélérer il faut frapper fort et inscrire des mesures politiques et sociétales dans les programmes des candidats de 2017 ! Nous allons nous y atteler en consultant massivement les start-uppers pour identifier ensemble les priorités qu'on ne peut plus ignorer si on veut se comparer aux places entrepreneuriales les plus dynamiques du monde.

Il y a donc plusieurs grands sujets à traiter en urgence :

- le droit et le contrat de travail, dans leur rapport à la flexibilité, pour faciliter les embauches

- la définition et le soutien à l’innovation qui sont des systèmes puissants mais moins adaptés aux nouvelles donnes numériques, la France devant anticiper les nouvelles matrices très vite

- le financement de nos startups tout au long de la chaine : des business angels aux investisseurs corporate, l’argent est là en France mais encore mal fléché !

- le chantier de la data: privacy, open data, données personnelles, notre cadre culturel et législatif est frileux et vieillot alors que les opportunités techno et les nouveaux métiers sont sur la ligne de départ.

Vous avez co-fondé PriceMinister avec Pierre Kosciusko-Morizet et dirigez maintenant l’entreprise au sein du groupe Rakuten. Quel conseil pouvez-vous donner aux dirigeants qui sont en pleine Renaissance digitale et ouverture vers l’international ?

Je leur rappellerai que la France est un petit-moyen marché et que c'est notre malédiction ! Comme dans l'industrie du cinéma ! En effet on peut créer et se contenter d'un business numérique rentable à l'échelle française mais le plafond n'est pas assez haut pour résister aux géants américains ou asiatiques: c'est une question d'économie d'échelle.

Les marques de luxe et de cosmétique françaises l'ont compris lors de la génération précédente en utilisant la French Touch comme argument de développement mondial. Le problème est celui de combiner croissance via les effets de réseau du web avec... rentabilité.

Pour cela le terrain de jeu doit être mondial et la France a des atouts : niveau d'éducation, créativité, culture d'ingénieur et de bâtisseur, et même de conquérant ! Aujourd’hui il nous faut penser les organisations et les organigrammes des entreprises pour accélérer le rythme et revoir comment on prend les décisions avec les nouveaux outils et notamment le "collaboratif" qui doit bousculer les hiérarchies

Olivier Mathiot