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Pourquoi Free peut rejouer, en Italie, le rôle du trublion du mobile

S'il est approuvé par la Commission Européenne, son accord avec Vimpelcom et Hutchison, est une opportunité unique, selon Iliad, d'entrer sur le marché italien des télécommunications.

S'il est approuvé par la Commission Européenne, son accord avec Vimpelcom et Hutchison, est une opportunité unique, selon Iliad, d'entrer sur le marché italien des télécommunications. - Vincenzo Pinto-AFP

En achetant des fréquences et des milliers d'antennes auprès des deux opérateurs mobiles italiens en cours de fusion, Free se dit prêt à endosser le rôle du 4e acteur, en secouant le marché comme il l'a fait en France.

Iliad est prêt à lancer sa "campagne d'Italie" dans le téléphone mobile. La maison-mère de l'opérateur Free, a dévoilé un accord avec le russe Vimpelcom et le hongkongais Hutchison qui pourrait lui permettre de faire son entrée dans la péninsule italienne en y devenant le quatrième opérateur mobile. Il s'agit "d'une opportunité unique pour le groupe Iliad d'entrer sur le marché italien des télécommunications", s'est félicitée la maison-mère de Free. L'arrivée possible de Free a déjà eu pour effet de faire chuter de 10% en une journée le cours de Telecom Italia, l'opérateur historique, ce mercredi 6 juillet 2016.

Iliad est prêt à racheter auprès des propriétaires des deux opérateurs candidats à la fusion, un joli lot de fréquences 3G et 4G et plusieurs milliers d'antennes dans des zones urbaines où il est toujours difficile pour un nouvel entrant de se faire une place. L'accord prévoit aussi un accord d'itinérance mobile de 5 ans avec le futur opérateur italien résultant de la fusion, inspiré de celui signé en France avec Orange, la 4G en plus.

N'ayant pas à construire un réseau mobile en propre en Italie, Iliad pourrait ainsi "proposer des services mobiles compétitifs et de devenir le quatrième opérateur de réseau mobile disposant d'une couverture nationale", a souligné le groupe français. Cet accord reste, toutefois, soumis à l'approbation de la Commission Européenne ainsi qu'à l'autorisation par la Commission Européenne de la fusion H3G/Wind. Iliad se dit prêt à réaliser des investissements étalés sur une période de 5 à 7 ans totalement financés par les importantes liquidités du groupe (trésorerie et lignes disponibles),

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- © rapport annuel 2016 de l'Agcom, le régulateur italien des télécoms

Free a tout intérêt en Italie, pour séduire Bruxelles, à jouer la carte du trublion des télécoms mobiles, sur laquelle il a bâti son image en France. Au cas où la fusion entre le numéro 3 et le numéro 4 serait acceptée, le marché italien du mobile serait partagé à parts presque égales entre les trois opérateurs (cf illustration ci-dessus).

Cette situation d'oligopole à trois ressemblerait à celle qui prévalait en France avant l'arrivée tonitruante de Free en janvier 2012. Une situation que Bruxelles veut à tout prix éviter en Italie. En réitérant sa stratégie agressive de prix cassés, qui lui a si bien réussi dans l'Hexagone, l'opérateur français peut espérer satisfaire le consommateur italien et... la Commission européenne qui veut un opérateur qui ravive la concurrence dans le pays.

Free peut rafler le marché italien des cartes prépayées, comme en France

En France, son forfait à 2 euros a siphonné le marché des cartes prépayées des trois opérateurs historiques en place, causant en partie leurs difficultés. Il n'y a pas de raison que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, Free ne réussisse pas en Italie son OPA sur ce marché.

En outre, la concurrence des opérateurs de réseaux virtuels mobiles est mineure, inférieure à ce qu'elle est en France. Ils sont quelques uns à se partager les miettes (4,1%) du marché italien, tels que Fastweb (filiale de Swisscom) et PosteMobile.

L'arrivée d'Iliad devrait donc - s'il agit comme il l'a fait en France - bouleverser le secteur. La seule faille dans la stratégie italienne de l'opérateur français reste l'absence de réseaux fixes haut débit dans son offre.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco