BFM Business

Pourquoi Apple veut acheter du cobalt directement aux producteurs

Apple chercherait à négocier en direct des contrats d'approvisionnement de plusieurs milliers de tonnes de cobalt par an au minimum pendant cinq ans.

Apple chercherait à négocier en direct des contrats d'approvisionnement de plusieurs milliers de tonnes de cobalt par an au minimum pendant cinq ans. - Samir Tounsi-AFP

Le cobalt est tellement vital pour les batteries d'iPhone qu'Apple veut en sécuriser l'approvisionnement. Il négocierait directement des contrats de long terme avec les producteurs de ce minerai dont la demande explose à cause du boom de la voiture électrique.

Sur le marché mondial, le cobalt est très demandé et pourrait faire planer l'ombre du pénurie qui inquiète Apple. Ce minerai coûte 82.000 dollars la tonne, son prix de référence à la Bourse des métaux de Londres, soit une multiplication par 2,7 en deux ans.

Cette inflation est liée au fait qu'avec le lithium, le cobalt est un ingrédient clé des batteries pour smartphones et pour voiture électrique. Or, les batteries des voitures électriques sont plus volumineuses et le boom actuel de ce secteur alimente l'appétit des industriels de l'automobile pour ce métal blanc argenté appartenant à la même famille que le fer. Il permet notamment de produire des batteries plus légères et plus résistantes.

Apple redoute la pénurie de Cobalt

Devenu le premier fabricant mondial en valeur de smartphone grâce à l'iPhone, Apple craint la pénurie à moyen terme même si les ventes de véhicules électriques ne représentent encore qu'une part mineure dans l'industrie automobile. "Les batteries électriques utilisées pour des produits électroniques grand public ont encore représenté 72% de la demande de cobalt pour des batteries", soulignent les analystes de Darton Commodities, spécialistes des échanges de cobalt.

Soucieux de sécuriser ses approvisionnements en la matière, le géant californien négocie directement avec les sociétés minières exploitant ce minerai. Les discussions en cours ont débuté il y a plus d'un an et porteraient sur des contrats de long terme, au moins cinq années, et des quantités de plusieurs milliers de tonnes par an, selon Bloomberg.

Le Congo veut multiplier par 5 la taxe sur le cobalt

Apple laisse actuellement aux fabricants de batteries la tâche de s'approvisionner en cobalt dont le Congo est le premier producteur mondial. Preuve du poids que pèse le géant californien sur le marché: un des comptoirs d'achat du minerai brut de cobalt, visibles autour de la cité minière de Kolwezi (au sud-est du pays), s'appelle, par dérision ou provocation, le "dépôt Apple". La production congolaise part ensuite à 80% en Chine où une dizaine de raffineurs assurent la transformation finale en métal cobalt qui part ensuite dans les batteries.

Outre la demande croissante de l'industrie automobile, qui alimente l'inflation des cours mondiaux du cobalt, une autre épée de Damoclès pourrait peser sur le marché. Le Congo, qui a fourni les deux-tiers des exportations mondiales de ce minerai, songe sérieusement à augmenter les taxes sur les minerais extraits de son sol pour renflouer ses caisses. La réforme du Code minier prévoit de multiplier par cinq une taxe sur le cobalt, qui passerait de 2% à 10%. Le projet de loi portant réforme du Code minier de 2002 se trouve sur la table du chef de l'État, Joseph Kabila, depuis la fin janvier après son adoption définitive par le Parlement...

Frédéric Bergé avec AFP