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Les opérateurs mobiles, auxiliaires clés de la police après les attentats

L'examen des téléphones mobiles des terroristes a permis de faire faire des avancées décisives à l'enquête sur les attentats de Paris.

L'examen des téléphones mobiles des terroristes a permis de faire faire des avancées décisives à l'enquête sur les attentats de Paris. - Philippe Huguen-AFP

Après les attentats de Paris, les opérateurs mobiles ont été très sollicités par la police. Géolocalisation, SMS, écoutes: les données exploitées à partir des smartphones ont permis des avancées décisives dans les enquêtes.

Comment faire "parler" les téléphones mobiles utilisés par les terroristes ou les suspects, dans les enquêtes sur les attentats de Paris? Juste après les attaques, comme pour chaque enquête, les opérateurs mobiles ont été mis à contribution pour reconstituer le parcours des terroristes via la géolocalisation ou placer sur écoute des suspects.

C'est l'examen, a posteriori, du "bornage" de la ligne mobile du terroriste Abdehlamid Abaaoud, qui a permis de révéler sa présence physique dans la soirée le vendredi 13 novembre, aux alentours du Bataclan.

Obligés par la loi de coopérer avec les forces de police, Bouygues Telecom, Orange, Free, SFR ont chacun un service chargé spécifiquement d'accéder aux demandes de l'État, qu'elles soient judiciaires ou administratives. Interception, géolocalisation ou identification d'un numéro, chaque service est facturé par les opérateurs à l'État, selon une tarification définie par arrêté.

Des salariés habilités secret défense chez les opérateurs

Le soir des attentats de Paris, le 13 novembre, où 130 personnes sont tuées par des jihadistes, Bouygues Telecom a mis en place une cellule de crise au sein de son service "obligations légales", qui compte environ 100 personnes.

"Ce sont des gens habilités secret défense qui sont sous astreinte en permanence et que nous avons fait revenir de façon importante", a décrit, sur France Info, Olivier Roussat, le PDG de Bouygues Telecom. "Ce ne sont pas des agents secrets", assure une porte-parole de cet opérateur, "tout passe tout simplement par fax. On se contente d'être un support pour la police".

Les opérateurs traitent 2.000 réquisitions par jour

Pour travailler dans ces équipes au sein des opérateurs, les salariés doivent avoir deux ans d'expérience au sein de l'entreprise, selon la loi. "Il y a un turn-over et ce n'est pas toujours facile, notamment pour les opérateurs les plus petits", déplore un responsable de la Fédération française des télécoms.

Au total, il y a en moyenne 2.000 réquisitions adressées chaque jour à l'ensemble des opérateurs (fixe, mobile et internet). La plupart concerne l'accès à des données de connexion ou d'identification. Pour les écoutes proprement dites, 6.182 interceptions administratives ont été effectuées en 2013, selon la Commission nationale de contrôle.

Et le nombre d'interceptions judiciaires annuelles est au moins "quatre fois plus élevé", estime Constant Hardy, responsable du pôle de la sécurité des technologies de l'information et de la communication, rattaché à Bercy. Depuis début 2015, rien que pour la lutte antiterroriste, 1.753 interceptions administratives et 128 géolocalisations ont été réalisées. 

Les téléphones mobiles au coeur des enquêtes

À la suite des attentats de Paris, les téléphones mobiles des terroristes récupérés par la police ont permis de reconstituer une partie de l'itinéraire et du mode opératoire des kamikazes. 

Pour tracer a posteriori l'itinéraire des tueurs à partir de leurs smartphones, la police s'est appuyée à la fois sur la coopération des opérateurs mobiles et probablement sur l'utilisation de technologies qui permettent d'analyser en profondeur le contenu d'un mobile.

La société israélienne Cellebrite a développé une malette spéciale permettant aux enquêteurs d'aspirer toutes les données stockées (images, géolocalisation, SMS, mot de passe) sur n'importe quel terminal mobile saisi pour une enquête.

Ces équipements ont notamment été fournis à la Gendarmerie Nationale qui les utilise depuis 2011. Interrogée par BFMBusiness, la société israélienne n'a pas confirmé l'utilisation de ces outils lors des enquêtes sur les attentats de Paris, pour des raisons de confidentialité liée aux procédures en cours. 

F.Bergé avec AFP