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Le mini drone star du crowdfunding désenchante ses contributeurs

Les mini drones de Zano sont mort-nés, les investisseurs n'ont plus qu'à regretter les fonds qu'ils ont misés.

Les mini drones de Zano sont mort-nés, les investisseurs n'ont plus qu'à regretter les fonds qu'ils ont misés. - Torquing Group

L'entreprise qui a lancé la production de petits drones qui tiennent dans la main grâce au financement participatif a fait faillite. Les investisseurs sont le bec dans l'eau. Une mésaventure qui aurait pu être évitée?

Il était la star du crowdfunding en 2014. En 2015, il est devenu sa bête noire. L'entreprise Zano, qui avait lancé une levée de fonds sur la plateforme américaine Kickstarter pour financer la production de ses mini drones avait convaincu plus de 12.000 internautes. Elle avait levé plus de 3 millions d'euros. Quelques mois plus tard, la start-up est liquidée, et les backers qui avaient passé des précommandes se retrouvent le bec dans l'eau, sans aucun moyen de récupérer leur mise.

En novembre 2014, Zano publie son projet sur le site de financement participatif américain Kickstarter. Elle veut lancer la production de mini drones qui tiennent dans la main et qui vous suivent partout. La presse s'enthousiasme, les investisseurs se ruent sur le site pour financer son projet. Le porteur lève 2,3 millions de livres sterling, soit à peu près 3,3 millions d'euros. En échange de quoi les participants doivent recevoir leur propre drone. En tout, quelques 15.000 commandes sont passées.

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- © Kickstarter

Un an plus tard, seules 600 d'entre elles ont été livrées. Sur les réseaux sociaux, les "backers", ce nom donné à ceux qui placent des fonds sur les campagnes de crowdfunding, s'étranglent. Ceux qui ont reçu leur drone déplorent une autonomie médiocre et des "performances nettement inférieures à ce que l’entreprise leur avait promis", raconte le site Geeko. Ceux qui ne l'ont pas reçu s'énervent. La compagnie commence à rembourser les mécontents, mais n'a pas les moyens de satisfaire tout le monde.

Finalement, en novembre de cette année, le PDG et cofondateur quitte le navire. Dans un bref communiqué, il invoque "des problèmes de santé et des différences irréconciliables". La société se place en faillite. Elle indique être dans l'incapacité de rembourser tous ceux qui avaient cru dans le projet. Les investisseurs en sont pour leur frais, et ne peuvent même pas se retourner vers Kickstarter puisque, légalement, la plateforme n'est pas en cause. Les contreparties pour les backers relèvent de la seule responsabilité du porteur du projet.

Kickstarter ne sélectionne pas les projets

Cette déconvenue aurait-elle pu être évitée? À en croire Ulule, une plateforme de crowdfunding française, la manière qu'a sa concurrente de gérer les projets a joué dans la mésaventure. Parce qu'à la différence d'Ulule, "Kickstarter, comme sa compatriote Indiegogo, ne passe pas en revue les projets. Elle n'accompagne pas les porteurs. Elle se contente de jouer le rôle de plateforme", explique Mathieu Maire du Poset, directeur général adjoint d'Ulule. Il suffit que le projet ne contrevienne pas à la législation pour pouvoir le proposer sur ces sites américains. Mais aucune vérification, aucune sélection n'est opérée. Ce qui "maximise les risques", selon Mathieu Maire du Poset.

C'est ainsi qu'en octobre de cette année, un projet de rasoir laser, le Skarp Laser Razor, a pu lever 4 millions de dollars sans avoir jamais montré de prototype qui fonctionne correctement. Même pas dans la vidéo que les porteurs finissent par ajouter (ci-dessous). Une opération qui avait tout l'air d'une escroquerie. Alerté par les contributeurs, Kickstarter a finalement supprimé la campagne et remboursé ces derniers. Mais quelques jours plus tard, la même campagne se retrouvait sur Indiegogo, où elle levait quelque 60.000 dollars en quelques heures.

Pour se prémunir de ce genre d'incident, Ulule "communique auprès des internautes à propos du risque de ne jamais voir de retour sur investissement", souligne Mathieu Maire du Poset. Et surtout, les porteurs sont accompagnés avant, pendant et après leur levée de fonds. En amont, l'équipe française joue le rôle de sparring partner, et bombarde le concepteur de questions: "Est-ce qu'il a pris en compte la TVA? Les frais de port? Quelle usine va fabriquer? Quelles sont les alternatives en cas de production plus importante ou plus faible qu'escompté?". Bref, "on balise les risques", explique le dirigeant d'Ulule.

Un autre facteur, cette fois indépendant de la plateforme, nécessite aussi qu'on s'y attarde: l'appétit parfois irraisonné des internautes pour les projets technologiques. "Un côté bulle, un vrai emballement, avec des sommes très importantes misées sur des projets initiaux pas forcément concrets", regrette Mathieu Maire du Poset. En somme, une responsabilité des contributeurs qu'il ne faut pas nier.

Nina Godart