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Descente aux enfers pour la fondatrice de Theranos qui risque 20 ans de prison pour escroquerie

Descente aux enfers de Elizabeth Holmes, que certains comparaient à Steve Jobs avec lequel elle partage le goût des pulls noirs à col roulé

Descente aux enfers de Elizabeth Holmes, que certains comparaient à Steve Jobs avec lequel elle partage le goût des pulls noirs à col roulé - Andrew Burton - Getty Images North America/AFP

Accusée d’avoir floué investisseurs, médecins et clients, la fondatrice de la start-up de Palo Alto et son bras droit ont été inculpés pour escroquerie. Descente aux enfers de celle qui a été l’une des plus jeunes milliardaires américaines.

À 19 ans, fraîchement diplômée de Stanford, Elizabeth Holmes voulait être la "Steve Jobs" des biotech et faire de Theranos, start-up qu'elle fonde à Palo Alto en 2003, un "Apple" du secteur en révolutionnant les analyses médicales. Tout laissait penser qu'elle y parviendrait. En 10 ans, elle devient une star mondiale de la tech. En 2014, sa fortune est évaluée à 4,5 milliards de dollars par Forbes, faisant d'elle la plus jeune milliardaire n'ayant pas hérité de sa fortune. Sa start-up est valorisée à près de 10 milliards de dollars. Ça, c'était avant.

Ce vendredi, les services du procureur fédéral pour la Californie du Nord Alex Tse ont annoncé que la dirigeante de 34 ans et son ancien bras droit Ramesh Balwani, 53 ans, ont été inculpés par un grand jury pour une vaste escroquerie organisée et sophistiquée, aux dépens d'investisseurs, de médecins, d'assureurs et de patients.

Pour cette escroquerie évaluée par la justice à "plusieurs millions de dollars", ils risquent jusqu'à 20 ans de prison et de très lourdes amendes. Selon l'acte d'accusation, des centaines de patients ou leurs assurances ont payé des tests sanguins, parfois après que des médecins, trompés eux aussi, leur eurent recommandé Theranos.

L'une des 100 personnalités les plus influentes en 2015

Theranos promettait des diagnostics plus rapides et moins chers que ceux des laboratoires traditionnels permettant jusqu'à 200 analyses avec une infime quantité de sang. Une véritable disruption aux États-Unis où ce marché pèse 73 milliards de dollars avec 10 milliards d'analyses réalisées chaque année.

La descente aux enfers a commencé dès 2015, année où la jeune entrepreneuse figurait sur la liste des 100 personnalités les plus influentes du magazine Time, juste derrière Tim Cook, PDG d'Apple, et loin devant Kim Kardashian ou l'économiste Janet Yellen. Une série d'articles dans le Wall Street Journal a semé le doute conduisant le ministère de la Santé à se saisir de l'affaire.

Selon les juges, les deux protagonistes savaient que leur système "avait des problèmes de fiabilité, ne permettait de faire qu'un nombre limité de tests et était plus lent que d'autres systèmes" sur le marché. Mais surtout, ils "ont délivré aux médecins et aux patients des résultats de tests inexacts". Les autorités fédérales ajoutent enfin qu'une grande partie des tests ont été réalisée grâce à d'autres systèmes disponibles dans le commerce.

"Des tendances sociopathes"

Mi-mars, le gendarme de la Bourse américain, la SEC, avait déjà accusé Elizabeth Holmes et Ramesh Balwani d'escroquerie. Selon la les gendarmes de la bourse, ils ont levé 700 millions de dollars en exagérant ou en mentant sur leur produit et leurs prévisions financières. Aux termes d'un accord à l'amiable, la dirigeante s'est engagée à payer une amende de 500.000 dollars et à céder le contrôle financier de l'entreprise. Elle soldait ainsi le volet purement financier du dossier mais pas les poursuites pénales.

Dès vendredi, Theranos, qui a été contrainte de fermer plusieurs laboratoires et licencier des centaines de salariés, a annoncé qu'Elizabeth Holmes quittait ses fonctions de directrice générale (CEO), tout en restant à la tête du conseil d'administration. Cette inculpation est-il le dernier épisode de la chute d’Elizabeth Holmes, qui comme Steve Jobs, ne quitte jamais ses pulls noirs à col roulé?

La jeune femme n’en est pas convaincue. Selon le journaliste franco-américain John Carreyrou, qui avait mis au jour le scandale, elle tente encore de séduire des investisseurs pour monter une nouvelle société. Selon lui l'ex-étoile montante de la Silicon Valley "a des tendances sociopathes". Dans une interview récente à Vanity Fair, il la qualifie de menteuse "pathologique". En 2016, John Carreyrou a reçu le prix George Polk, une distinction accordée à des journalistes américains par l'université de Long Island à Brooklyn, pour son enquête sur Theranos.

Pascal Samama avec AFP