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5G : toujours pas de boycott en France de Huawei, mais…

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5G - Pau Barrena / AFP

Le gouvernement a une nouvelle fois réaffirmé qu’il ne fermerait pas la porte à tel à tel équipementier télécoms mais la dimension sécurité sera un prérequis. Le régulateur appelle de son côté les opérateurs à la prudence.

Malgré la pression grandissante des américains contre Huawei, la France ne fait pas évoluer sa position dans le dossier de la 5G. « Notre perspective n'est pas de bloquer Huawei ou toute autre entreprise, c'est de préserver notre sécurité nationale et la souveraineté européenne », a expliqué Emmanuel Macron. « Mais je pense que déclencher maintenant une guerre technologique ou une guerre commerciale vis-à-vis d'un autre pays n'est pas judicieux. »

Ce mardi, Bruno Lemaire, le ministre de l’Economie a complété ce propos. « Le choix des équipementiers télécoms pour le déploiement de la 5G en France se fera en fonction de la sécurité des réseaux et de leurs performances », ajoutant qu'aucun candidat ne serait écarté a priori.

Il s’agit d’être pragmatique. Huawei est déjà omniprésent dans les réseaux 4G et est déjà leader dans les déploiements de réseaux 5G dans le monde tout simplement grâce à son rapport qualité/prix. Et se priver de l’équipementier, c’est risquer de prendre beaucoup de retard dans les déploiements 5G hautement stratégiques pour leur rentabilité future.

Ericsson et Nokia en embuscade

Néanmoins, même si aucune preuve d’espionnage n’a jamais été apportée, la France entend afficher une certaine forme de prudence. Illustrée par les propos de Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, le régulateur des télécoms.

Ce dernier estime que certains opérateurs pourraient réduire le recours à certains équipementiers « par précaution ». Pour le responsable, cette réduction pourrait entraîner des retards, mais annonce que l’Autorité sera conciliante avec les opérateurs concernés tout en affirmant que la 5G sera bien lancée en 2020 après une attribution des fréquences vers la fin de l’année.

« On pourrait avoir une analyse des opérateurs consistant à dire que compte-tenu du climat de tension peut-être qu'il est raisonnable d'utiliser moins certains équipementiers. L'exposition aux équipementiers chinois existe mais elle n'est pas dans des proportions qui sont extrêmement importantes », a-t-il toutefois relativisé.

Les concurrents de Huawei montent en tout cas au créneau. Le suédois Ericsson, par la voix de son p-dg, exhorte ainsi les européens à accélérer. Il faut dire que le groupe, ainsi que Nokia Networks (qui a racheté Alcatel-Lucent) ont une belle carte à jouer.

D’autant plus que si le boycott de Huawei ne concerne pour le moment que les Etats-Unis, le chinois pourrait vite être asphyxié par le manque d’approvisionnement en processeurs américains, indispensables pour faire fonctionner ses équipements 5G. Cela risquerait de « totalement compromettre » les ambitions de Huawei dans la 5G, avertit le cabinet de consultants Eurasia.

Pour autant, étant donné l’empreinte de Huawei en Europe (et en France), les opérateurs risquent de grincer des dents en cas de mesures coercitives. Encore une fois, changer d'équipementier serait coûteux compte tenu des tarifs très compétitifs du chinois et plomberait les délais de déploiements.

« En raison des considérations politiques, la 5G fait actuellement l'objet de beaucoup d'attention. Mais l'interdiction des entreprises chinoises réduit totalement la compétitivité du secteur, ce qui en fait une décision coûteuse qui ne peut que heurter les intérêts des opérateurs privés », commente Carlos Casanova, économiste de Coface pour la région Asie Pacifique.

D’un autre côté, en cas de pression accrue de la part de Washington, « il sera très difficile pour l'UE de continuer à travailler avec Huawei », avertit Guntram Wolff, directeur du centre de réflexion bruxellois Bruegel.

Ce lundi, Washington a finalement accordé un délai de 90 jours avant d'imposer les sanctions. Reculer pour mieux sauter ?

Olivier CHICHEPORTICHE