BFM Business

Volkswagen booste ses investissements dans l'électrique

Le constructeur est en retard dans l'électrique

Le constructeur est en retard dans l'électrique - AFP

Le constructeur allemand va investir jusqu'à 44 milliards d'euros d'ici fin 2023 dans les voitures électriques et autonomes, ainsi que dans les services à la mobilité et le numérique.

Le géant allemand de l'automobile Volkswagen a annoncé vendredi 16 novembre vouloir investir jusqu'à 44 milliards d'euros d'ici fin 2023 dans les voitures électriques et autonomes, ainsi que dans les services à la mobilité et le numérique.

"Le groupe Volkswagen s'est fixé pour objectif dans sa stratégie d'accélérer le rythme des investissements. Nous allons concentrer nos investissements dans les domaines d'avenir", a expliqué le PDG de l'entreprise Herbert Diess à l'issue d'une réunion du conseil de surveillance.

Empêtré dans le scandale

VW, qui a passé les trois dernières années empêtré dans le scandale provoqué par sa tricherie sur les émissions polluantes des véhicules diesels, augmente ainsi considérablement ses dépenses dans les technologies jugées propres. Les 44 milliards d'investissements annoncés vendredi, dont 30 milliards concernent exclusivement le développement de voitures électriques, représentent un nette augmentation par rapport au budget global de 34 milliards d'euros annoncé en 2017 pour la période allant jusqu'en 2022. "C'est la plus grande reconversion industrielle dans l'histoire du groupe", a même estimé Stephan Weil, le chef de l'exécutif de Basse Saxe, un Etat-région allemand et actionnaire important de Volkswagen.

Pour y arriver, le géant de l'automobile mise sur un élément clé, sa nouvelle plate-forme de production dédiée aux véhicules électriques, la MEB, qui a vocation à être utilisée par plusieurs marques du groupe. S'il compte aujourd'hui 6 modèles électriques dans sa gamme, il veut porter ce chiffre à plus de 50 jusqu'en 2025, a assuré M. Diess. De quoi tirer les prix de ces véhicules vers le bas. Un premier modèle devrait sortir en 2020 de la plate-forme MEB, une compacte offrant "550 kilomètres d'autonomie pour le prix d'une Golf diesel", a déclaré le dirigeant.

Volkswagen a par ailleurs annoncé que deux de ses sites de production de Basse-Saxe seront reconvertis en unités entièrement dédiées aux véhicules électriques. Le groupe a assuré qu'il n'y aurait aucune suppression de postes avant 2028. En outre, le groupe souhaite construire une nouvelle usine en Europe de l'Est, qui accueillera des modèles de plusieurs marques. "Le nombre de nos usines multi-marques va augmenter dans le futur", a déclaré M. Diess. Le groupe a assuré qu'il n'y aurait aucune suppression de postes avant 2028.

Retard dans l'électrique

Les grands groupes automobiles allemands ont pris du retard dans le développement des véhicules électriques, ne s'engageant dans ce secteur stratégique qu'après le "Dieselgate", lorsque Volkswagen avait reconnu avoir équipé ses véhicules diesel d'un logiciel capable de tromper les tests de niveau de pollution. Ce scandale a déjà coûté au groupe 28 milliards d'euros, et entraîné une chute des ventes de diesel en Allemagne et dans le monde.

Par ailleurs, en Allemagne, les groupes automobiles sont confrontés à la multiplication des décisions de justice pour interdire de circulation les véhicules diesels là où les normes de pollution aux microparticules ne sont pas respectées (cf. encadré ci-dessous).

En outre, Volkswagen a annoncé vendredi que ses pourparlers avec le géant américain Ford avançaient. Les deux groupes veulent coopérer sur le plan industriel afin de développer ensemble des véhicules utilitaires. Les deux groupes veulent travailler à des moteurs hybrides et sur la conduite autonome. M. Diess a en revanche catégoriquement exclu toute prise de participation dans le groupe américain.

Enfin, Volkswagen a annoncé vendredi un plan d'investissement de quatre milliards d'euros en Chine, notamment dans le secteur des véhicules électriques et autonomes.

le gouvernement soutient le diesel

Les interdictions de circulation en Allemagne de véhicules diesel trop polluants, en particulier sur l'autoroute, relèvent de "l'autodestruction" de la prospérité allemande, a dénoncé vendredi le ministre allemand des Transports. Cette mise en garde intervient au lendemain d'une décision de justice interdisant aux voitures de circuler sur une portion de l'A-40, un axe majeur de l'ouest du pays.

"Un tel jugement menace la mobilité de centaines de milliers de citoyens, personne ne comprend ce débat autodestructeur", a réagi le ministre conservateur Andreas Scheuer dans les colonnes du tabloïd Bild.

"Si de tels jugements concernant les autorités tombent (...) alors cela privera notre pays de sa prospérité", a surenchéri le porte-parole du ministère, Ingo Strater, expliquant les propos de son chef lors d'un point presse hebdomadaire. "La mobilité est le fondement de notre prospérité, de notre croissance, cette mesure est autodestructrice", a-t-il ajouté.

Une portion de la A40 sera interdite à partir de juillet aux vieux diesel (Euro 4, puis Euro 5), a ordonné jeudi un tribunal administratif allemand. Ce tronçon, qui traverse la ville allemande de Essen, est fréquenté par près de 100.000 véhicules par jour, selon la presse. Sous la pression d'associations environnementales ayant saisi des tribunaux locaux, plusieurs villes allemandes sont contraintes de limiter la présence des vieux diesels dans leur agglomération. C'est le cas de Berlin, Mayence, Stuttgart, Cologne et Bonn.

La quasi-totalité de la classe politique allemande bataille contre ces dispositions anti-diesel, redoutées par les constructeurs automobiles comme par les automobilistes. Le gouvernement veut lui obliger les constructeurs automobiles à reprendre les véhicules trop polluants ou à les adapter à leurs frais. Jusqu'ici, les mesures adoptées ont été jugées insuffisantes par les ONG et des experts pour respecter les normes de qualité de l'air.

J. H. avec AFP