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Pétrole: le prix du baril se reprend

En un mois, le prix du pétrole a repris 30%.

En un mois, le prix du pétrole a repris 30%. - Gabriel Bouys - AFP

Des mois de dégringolade ininterrompue, et soudain stabilisation. Depuis le pétrole reprend en quelques jours la majeure partie du terrain qu’il a perdu en 4 ou 5 mois. Mais les observateurs restent extrêmement indécis sur la poursuite ou non du mouvement.

Scepticisme. Il y a de quoi rester pantois devant un mouvement haussier du pétrole qui voit son parachèvement, le jour même de la publication des stocks de brut américains, qui sont au plus haut depuis… 80 ans ! En un mois, le prix du pétrole a augmenté de 30%, il a donc repris à peu près tout ce qu'il avait perdu ces 4 à 5 derniers mois

Il y a des raisons a ce rattrapage massif, et on les connaît depuis quelques semaines. Déjà le début d’un chantier colossal de réduction de l’appareil de production pétrolier mondial. A commencer par des désinvestissements massifs dans le domaine des gaz et pétroles de schiste aux Etats Unis. Certaines de ces sociétés sont maintenant dans un état de grande fragilité financière, et sont même en train de chercher des sources de financement un peu partout pour rebondir. Un rebond d’ores et déjà difficile, la majeure partie d’entre elles ayant été dégradées par les grandes agences de notation.

Les grands pétroliers américains, européens et asiatiques ont annoncé des réductions très substantielles de leurs dépenses d’investissement, notamment dans les activités d’exploration et d’extraction. Des opérations vont être arrêtées sur des zones entières, prometteuses ou déjà bien exploitée, arctique, sables bitumineux d’Alberta, Mer du Nord entre autres. 

Points d’équilibre difficiles à trouver

Le point d’orgue de tout cela auront été les déclarations des autorités saoudiennes et notamment celles du patron de Saudi Aramco, le premier pétrolier mondiale, jugeant les cours du pétrole "trop bas pour tout le monde" il y a quelques semaines. Depuis il est clair que le marché a trouvé des supports très solides, du côté des 44-45 dollars le baril, et que depuis les cours n’en finissent plus de grimper, de 25 à 35% selon la qualité de brut. Avec quelques cahots certes, mais sur une tendance très ferme, avec les hedge funds qui sont repassé à l’achat en masse sur ces supports, qui constituaient des niveaux d’achat rêvés.

Reste une interrogation majeure. Pendant les mois de dégringolade continue qui ont précédé, les analystes étaient formels : le marché est en mesure de résister à tout, et ce n’était pas tant l’orientation du mouvement, la baisse en l’occurrence, qui les inquiétait, mais ça violence sur une si courte période de temps. Le fait que le même phénomène repartent en sens inverse en revanche n’inquiète plus personne. Mais est-ce pour autant une bonne nouvelle ?

Au vu des énormes actions de restructuration menées par l’industrie pétrolière, il vaudrait mieux que le mouvement ne se prolonge pas trop, et qu’on trouve à nouveau un niveau d’équilibre. Car il est clair que les fonds d’arbitrages, très agressifs, auront tôt fait d’amplifier les tendances et de provoquer une instabilité de long terme qui risque de mettre en difficulté l’ensemble de la fragile tendance à la reprise mondiale. D’ailleurs les économistes et les analystes de marché sont extrêmement partagés sur la tendance à venir, certains estimant que le rebond est un "rebond du chat mort", et que les cours vont repartir vers leurs plus bas. De quoi alimenter encore une forte volatilité autour d’un actif essentiel autant pour les marchés que pour l’équilibre de l’économie mondiale. 

Antoine Larigaudrie