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Pourquoi les finances d'EDF sont-elles si mal en point?

Jean-Bernard Lévy est le PDG d'EDF depuis 2014.

Jean-Bernard Lévy est le PDG d'EDF depuis 2014. - Jacques Demarthon - AFP

Le premier producteur mondial d’électricité a présenté ses résultats financiers ce mardi. Bien qu'ils soient plutôt bons en 2016, l'entreprise accumule les difficultés. Éléments d’explication.

C’est (encore) une mauvaise année comptable qui s’achève pour EDF. Criblé de dettes (estimées à 37 milliards d’euros), l’énergéticien a prévenu en novembre que ses marges baisseraient, en moyenne, de 16 à 14 milliards d’euros en 2017 par rapport à 2016. EDF, qui lance une recapitalisation pour trouver 4 milliards d'euros d'ici à fin de mars, a certes annoncé mardi un bénéfice doublé, à 2,9 milliards d'euros. Mais son chiffre d'affaires recule de 5,1% et EDF prévoit une année 2017 "difficile". La faute à des investissements toujours plus conséquents et à des recettes qui s’amenuisent d’année en année.

EDF souffre en effet d’une baisse durable des prix de l’électricité sur le marché de gros. En moins de 24 mois, ces tarifs sont passés de 40 euros le mégawattheure (MWh) à un peu moins de 30 euros/MWh. Les arrêts de réacteurs survenus ces derniers temps ont fait s’envoler les cours (le prix du mégawattheure a, par exemple, atteint 105 euros fin octobre) mais pas d’une manière assez durable pour que l’entreprise en profite. À terme, ces prix bas représentent un important manque à gagner pour l’entreprise, ce qui inquiète les syndicats. Ces derniers font donc pression sur l’État, qui détient 83% d’EDF, pour réguler les prix de l’électricité afin de garantir plus de revenus à l’entreprise et d’apporter plus de visibilité.

L’énergéticien pâtit également de l’ouverture du marché professionnel à la concurrence. Depuis le 1er janvier 2016, les entreprises et grands comptes se fournissent chez les opérateurs de leur choix, à des prix de marché inférieurs d’environ 25% aux anciens tarifs réglementés. Si les entreprises y gagnent, EDF y perd clairement. Les deux tiers de son portefeuille de clients en France sont des professionnels.

Le nucléaire pèse fortement sur les comptes d'EDF

Le nucléaire est la spécialité d’EDF. Mais le fonctionnement, l’entretien et le développement des capacités nucléaires françaises et internationales a un prix. Mi-juin, EDF a signé le contrat de construction de deux réacteurs de nouvelle génération (EPR) sur le site d’Hinkley Point, en Grande-Bretagne dont la facture s'élève à 24 milliards d’euros. EDF assumera la charge à hauteur de 16 milliards d’euros mais supportera dans son bilan la totalité de la somme, représentant les deux tiers de ses fonds propres.

C’est d’ailleurs ce poids colossal qui a précipité la chute du cours de bourse d’EDF en 2015. En moins de trois ans, la valeur de l’action est passée de 30 euros à moins de… 10 euros! Fin 2015, l’énergéticien a même été évincé du CAC40.

Des investissements colossaux à réaliser 

En parallèle, l’énergéticien français doit faire face à une montagne d’investissements à venir pour les dix prochaines années. 55 milliards d’euros sont nécessaires pour rénover la totalité du parc nucléaire français, le rendre conforme aux nouvelles normes de sûreté édictées après la catastrophe de Fukushima (Japon). Avec ces travaux, EDF espère ainsi prolonger la durée de vie de ses réacteurs de 40 ans à 50 ans. Or, ce projet est soumis à l'avis de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui ne prendra pas de décision avant 2019.

Fin 2015, l'État actionnaire a fortement incité EDF à s'associer au sauvetage de la filière nucléaire française. L'énergéticien a donc racheté, pour 2,7 milliards d'euros, la filiale d'Areva qui conçoit et fabrique les réacteurs nucléaires. Une dépense importante qui était loin d'être prioritaire à l'aune des investissements à réaliser cités ci-dessus. 

Le coût du démantèlement encore incertain 

Enfin, la pression s'accroît sur EDF quant au coût réel du démantèlement des centrales nucléaires françaises. La loi oblige l'entreprise à provisionner dans ses comptes 25 milliards d'euros pour cette opération. Mais, régulièrement, des études pointent du doigt ce niveau jugé insuffisant. En novembre 2016, l'ONG Greenpeace a estimé dans une étude chiffrée que le coût réel atteindrait environ 60 milliards d'euros. 

Les mêmes incertitudes pèsent sur le coût réel du stockage des déchets nucléaires sur le site de Bure, dans la Meuse. Évaluée initialement à 15 milliards d'euros, la facture du projet Cigéo a été revue à 25 milliards d'euros l'an dernier par le gouvernement. L'agence qui gère le projet (l'Andra) a même estimé qu'il faudrait rajouter 10 milliards d'euros de plus. 

Antonin Moriscot et Matthieu Pechberty