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Petrobras sacrifie sa présidente

Graça Foster n'était pas directement visée dans l'enquête portant sur l'affaire de corruption au sein de Petrobras.

Graça Foster n'était pas directement visée dans l'enquête portant sur l'affaire de corruption au sein de Petrobras. - Vanderlei Almeida - AFP

Graça Foster et l'ensemble de la direction de la première entreprise brésilienne ont présenté leur démission ce mercredi 4 février. Une conséquence directe de l'énorme scandale de corruption qui ronge le groupe et s'étend jusqu'aux hautes sphères de la politique brésilienne.

Les têtes commencent à tomber chez Petrobras. La présidente du géant pétrolier brésilien, Graça Foster, et sa direction ont démissionné ce mercredi 4 février, emportés par l'onde de choc de l'énorme scandale de corruption aux ramifications politiques qui ébranle le groupe étatique.

"Petrobras informe que son conseil d'administration se réunira vendredi pour élire une nouvelle direction après la démission de la présidente et des cinq directeurs", a indiqué le groupe dans un communiqué remis à l'autorité des marchés.

Le choix de Dilma Roussef

La plus grande entreprise brésilienne a ainsi officialisé ce que l'ensemble de la presse brésilienne donnait pour acquis depuis mardi, à la suite de rumeurs insistantes confortées par une réunion à Brasilia en soirée entre Graça Foster et la présidente Dilma Rousseff.

La présidente de gauche Dilma Rousseff s'est finalement résolue à sacrifier Graça Foster, une proche qu'elle avait nommée en février 2012 à la présidence de Petrobras et dont elle avait refusé à deux reprises la démission depuis le début du scandale.

L'affaire a explosé à l'automne dernier, en pleine campagne électorale, au fil d'une enquête sur un vaste réseau de blanchiment d'argent dont de nombreuses ramifications ont convergé vers la plus grande entreprise du Brésil, qui emploie plus de 80.000 employés.

La police affirme avoir découvert l'existence d'un système institutionnalisé de corruption au sein de Petrobras, dont certains hauts responsables recevaient des pots-de-vin des plus grandes entreprises de construction du Brésil, en échange de l'attribution de marchés tels que la construction de raffineries.

Certains hauts responsables de Petrobras aujourd'hui en prison se sont enrichis personnellement. Mais une partie importante des pots-de-vin ont été reversés à des parlementaires de la coalition au pouvoir ainsi qu'au Parti des travailleurs (PT) qui dirige le pays depuis 2003, selon les enquêteurs. Trente neuf personnes, entrepreneurs et ex-directeurs de la compagnie pétrolière sont à ce jour poursuivis. Sans compter les politiques, dont le nombre exact et les identités sont toujours couverts par le secret de l'enquête.

4 milliards de dollars détournés

Le parquet fédéral estime à ce jour le montant des sommes détournées à 4 milliards de dollars ces dix dernières années. Graça Foster, une ingénieure en chimie ayant fait toute sa carrière chez Petrobras, réputée pour sa force de travail et sa probité, n'est pas soupçonnée par les enquêteurs d'implication dans les malversations au sein de Petrobras, qui se sont produites pour l'essentiel avant son arrivée à la présidence. Mais la position de cette femme à poigne, nommé par Dilma Rousseff pour remettre de l'ordre dans Petrobras, était devenue de plus en plus intenable au fil des semaines.

Petrobras, détenue majoritairement par l'Etat brésilien mais cotée en Bourse à Sao Paulo et New York, a d'abord dû reporter fin 2014 à deux reprises la publication de ses résultats du troisième trimestre 2014, que son auditeur externe refusait de valider faute d'estimation par le groupe pétrolier de l'impact du scandale sur la valeur réelle des actifs du groupe.

Pressée par les marchés, Petrobras s'est résolu à publier le 28 janvier ses résultats du 3e trimestre, non seulement en berne, mais encore une fois non-audités, et toujours sans fournir l'estimation de ses pertes liées à la corruption, pourtant très attendue par les marchés. Ajoutant à la confusion, Petrobras a indiqué le même jour avoir identifié 34 milliards de dollars de surcoûts dans 31 projets passés au crible par la justice, tout en avouant ne pas être encore en mesure de chiffrer la part de ce préjudice lié à la corruption et celle liée aux aléas de son activité économique.

Les conséquences du scandale sont multiples et catastrophique pour Petrobras. Les agences Moody's et Fitch ont abaissé ces derniers jour la note de Petrobras, et l'action de Petrobras n'a cessé de glisser dangeureusement au fil des mois.

J.M. avec AFP