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Mis sous pression avec la crise du coronavirus, EDF risque de devoir être renfloué par l'Etat

Entre la baisse de la production et des prix de l'électricité, EDF aurait besoin d'une "massive" recapitalisation, avance Reuters.

La situation financière d'EDF devient délicate. L'épidémie de coronavirus et le confinement pèsent sur la production, la demande (-20%) et provoquent une baisse des prix de l'électricité. De quoi inciter l'Etat à procéder à une recapitalisation massive, selon une source proche de la direction et des analystes interrogés par Reuters.

Face à ce contexte, EDF a dû renoncer à ses objectifs pour 2020 et 2021 et a prévenu que la production nucléaire française devrait s'établir cette année à son plus bas niveau depuis trente ans.

"La crise actuelle précipite EDF dans des difficultés financières (...) en raison de la baisse de la production et de la chute des prix sur les marchés de gros, qui vont fortement pénaliser l'entreprise à l'horizon de 2021", a déclaré une source proche de la direction du groupe à Reuters, rappelant que les prix de vente pour 2020 ont en revanche fait l'objet d'une couverture avec environ un an d'avance.

Une trésorerie encore importante

"Les difficultés arriveront fin 2020 et une recapitalisation risque d'être nécessaire à ce moment-là", selon cette source. La question d'une recapitalisation d'EDF n'a pas été abordée par le conseil d'administration, a ajouté cette source. Contacté par Reuters, un porte-parole d'EDF n'a fait aucun commentaire, soulignant seulement que le groupe disposait d'une importante trésorerie.

EDF disposait en effet fin 2019 de 22,8 milliards d'euros de liquidités ou d'actifs financiers liquides et de 10,3 milliards d'euros de lignes de crédit.

"Ce n'est pas l'entreprise la plus touchée par la crise du Covid", explique néanmoins le ministère de l'Economie. Rappelons que l'Etat détient 83,6% d'EDF. "De manière générale, on n'a communiqué sur aucune entreprise sauf bien sûr Air France."

"Une partie de nos investissements ne nous rapporte rien"

"La situation actuelle n'est pas pérenne car une partie de nos investissements ne nous rapporte rien, ce qui nous oblige à creuser la dette. Je pense que, fin 2020, on dépassera l'objectif de ratio dette sur Ebitda de 2,7 fois (annoncé mi-février pour fin 2021 NDLR)", a détaillé la source interrogée par Reuters.

"Une fois ce ratio franchi, on sera dégradé par les agences de notation, ce qui augmentera le coût de l'emprunt. C'est ce qui précipite petit à petit les difficultés de la boîte. Tous les feux se mettent à l'orange, voire au rouge."

Fin 2019, la dette nette d'EDF s'établissait à 41,1 milliards d'euros et son ratio dette nette sur Ebitda à 2,46. Il pourrait passer à 3,3 en 2020 et 3,2 en 2021, selon l'analyste Morningstar, cité par l'agence de presse.

Restructuration retardée

Par ailleurs, la restructuration d'EDF, qui prévoit la création d'une entité isolant le nucléaire du reste du groupe et l'ouverture du capital des activités liées à la transition énergétique, risque elle aussi d'être retardée par le report de la réforme de la régulation.

EDF a déjà procédé début 2017 à une augmentation de capital d'environ 4 milliards d'euros, dont 3 milliards souscrits par l'Etat.

OC