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Les espoirs déçus des emplois verts

C'est dans le solaire que le nombre d'emplois directs a le plus reculé depuis 2010.

C'est dans le solaire que le nombre d'emplois directs a le plus reculé depuis 2010. - -

Le développement de nouvelles filières énergétiques devait entraîner la création de centaines de milliers d'emplois selon les pouvoirs publics. Cinq ans après le Grenelle de l'environnement, le compte n'y est pas.

Les chiffres du chômage en juillet vont être publiés ce mardi 27 août en fin de journée. Après les presque 15.000 nouveaux demandeurs d'emplois de juin, le gouvernement compte toujours sur un retournement de la courbe du chômage d'ici la fin de l'année.

En tout cas, il ne devrait pas trop compter sur les emplois verts pour y parvenir. Les pouvoirs publics et les industriels engagés dans la transition énergétique ont martelé que les 450 milliards d'euros d'investissements dans l'énergie verte générerait des créations d'emplois en masse. Cinq ans après le premier Grenelle de l'environnement, l'argument ne tient plus.

Même pas 100.000 nouveaux emplois

Un rapport de la Cour des comptes sur la "politique de développement dans les énergies renouvelables", paru en juillet 2013, qualifie l'impact du développement des énergies vertes sur l'emploi de "modeste". Et en tout cas "très en retrait des ambitions exprimées dans le plan d’action national de la France en faveur des énergies renouvelables qui évoquait la création de plusieurs centaines de milliers d’emplois". Des postes ont bien été créés depuis 2006, mais le tout n'atteint même pas une centaine de millier.

Toutes filières confondues, le nombre d’emplois directs est passé, selon l'Adème, de 58.460 en 2006, à 83.260 en 2012. Soit une augmentation de 43%. Néanmoins, après un pic à 98.580 en 2010, leur nombre a reculé de près de 30.000 en 2012. Un chiffre qui recouvre d'ailleurs de fortes disparités selon les secteurs.

Fin des besoins en main d'oeuvre

Certains calent franchement, tout particulièrement le solaire, qui représente un cinquième des emplois verts, mais où les créations directes se replient le plus nettement, de 35.100 en 2010 à 21.810 en 2012. Dans l'éolien, qui représente 12% des emplois directs bruts des filières renouvelables, la progression a été de 70% de 2006 à 2010 avant de se replier, passant de 11.670 en 2010 à 10.240 en 2012.

Côté production de chaleur, on s'en sort mieux. La biomasse (24.710 emplois en 2010 à 25.020 en 2012) et la géothermie (810 en 2010 à 1.200 en 2012) sont les seules filières où les créations d'emplois ont augmenté entre 2010 et 2012.

Selon la Cour des comptes, la baisse du soutien politique à ces filières depuis 2010 a joué, évidement. Mais l'institution constate aussi que la majeure partie des besoins en main d'œuvre se concentre en amont de la commercialisation. Une fois que ces technologies sont matures, en concurrence avec des rivales à l'international, et que les groupes qui les fabriquent parviennent à réaliser des économies d'échelle, les bénéfices en termes d'emploi s'amenuisent.

L'avenir risque d'être encore plus morose. Mi-décembre 2010, le Trésor douchait déjà les espoirs. Il prévoyait dans un document de travail que la hausse des prélèvements nécessaires pour couvrir les investissements verts entrainerait des pertes nettes d'emplois dès 2023. Recul qui "ne devrait se résorber que très lentement et s'éteindre avec les dernières dépenses publiques, prévues pour 2079".

Nina Godart