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Grand Paris Express: que faire des millions de tonnes de terre déblayés?

Le chantier du super métro francilien va générer 45 millions de tonnes de déblais en 10 ans. Un poids équivalent à 4.500 Tour Eiffel. 70% de ces déchets devront être valorisés et 6 sociétés ont été retenues pour expérimenter leurs innovations en la matière.

C'est un véritable chantier au sein du chantier du nouveau métro francilien, le Grand Paris Express. L'enjeu n'est pas mince. Il va d'abord falloir évacuer quelque 45 millions de tonnes de déblais excavés sur 10 ans, soit l'équivalent, en volume, de 9.000 piscines olympiques et en poids de 4.500 Tour Eiffel. Mais aussi valoriser 70% du total, comme s'y est engagé la Société du Grand Paris.

L'évacuation ordonnée des déblais jusqu'à leur destination finale repose sur une traçabilité continue (cf encadré ci-dessous) à chaque étape tout en créant les circuits d'évacuation les plus fluides possibles: barges, train, camions. Le volume concerné représente une augmentation annuelle de 10 à 20% de la production totale de déchets des chantiers franciliens...

Un million de tonnes pour l'aménagement d'un parc urbain

Soucieuse de diversifier les méthodes pour atteindre son objectif de revalorisation de 70%, la Société du Grand Paris a déjà prévu d’utiliser un million de tonnes de déblais pour l’aménagement d’un parc urbain à proximité de la Ligne 16, sur les communes de Chelles et Montfermeil.

Mais, pour relever le défi logistique et technique lié au transport et au recyclage des gravats, le maître d'ouvrage a aussi retenu six sociétés extérieures à la suite de l’appel à projets innovants "Le Grand Paris des déblais". Il avait été lancé en octobre 2016, avec l’Ademe Île-de-France.

Revaloriser les déblais en matériaux de construction

Parmi les lauréats, les sociétés Cemex et Innofreight associent wagons, conteneurs étanches, système de lavage automatique et chariot rotatif de vidage des conteneurs. Les wagons transportant les déblais seront vidés et nettoyés pour être réutilisés pour alterner les chargements de différents types de déblais, ainsi que la mise en place de flux retour.

Les entreprises Terbis et Optur se proposent de valoriser des déblais de chantier pour conforter ou combler les nombreuses carrières souterraines délaissées du sous-sol francilien que le chantier se prépare à affronter.

Un appel d'offres pour des audits indépendants

La revalorisation des déblais en matériaux de construction ou en sources de matières premières organiques est proposée par trois autres groupes de lauréats. Ces solutions visent à contribuer à l'objectif de revalorisation de 70% des terres excavées sur ses chantiers.

Les six lauréats expérimenteront in situ leurs solutions sur les chantiers, pendant des périodes allant jusqu’à six mois.

Cette gestion des déblais et l'application des mesures de respect de l’environnement feront l'objet d’audits et de contrôles indépendants. La Société du Grand Paris, en tant que maître d'ouvrage, a lancé un marché pour sélectionner ces prestataires, une première en France selon elle.

Une plateforme connectée de traçabilité en temps réel des déblais

Le défi de la logique de l'économie circulaire pour la gestion des déblais suppose la transparence et la traçabilité des gravats extraits du sous-sol. Au coeur du dispositif, se trouve une plate-forme en ligne partagée par les acteurs concernés: entreprises de travaux, gestionnaires de sites d’exutoire… Elle permet de regrouper les informations sur les quantités et les caractéristiques qualitatives des terres excavées.

Déjà utilisée sur trois chantiers de génie civil du Grand Paris Express, "cet outil numérique permet la saisie immédiate, à l’émission et à la réception, des données de chantier. On peut, dès lors, suivre très exactement les informations et les étapes successives relatives au cheminement des déblais. Et surveiller en temps réel chaque lot de terres, s’assurant ainsi que la réglementation est scrupuleusement respectée" explique la Société du Grand Paris.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco