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Engie n’est pas intéressé par Innogy

Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie privilégie la croissance interne aux grandes acquisitions.

Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie privilégie la croissance interne aux grandes acquisitions. - ERIC PIERMONT / AFP

Le groupe français ne souhaite pas racheter une part minoritaire dans la filiale spécialisée dans les énergise renouvelables de son concurrent allemand RWE.

Le soufflé retombe. Ce matin, Bloomberg affirmait qu’Engie lorgnait Innogy, société spécialisée dans les énergies renouvelables, détenue à 77% par RWE. Le groupe allemand a réitéré sa volonté de conserver à long terme le contrôle (51%) de sa filiale tout en reconnaissant qu’il était "libre de vendre des parts" en restant au-dessus de ce seuil. Son président Rolf Martin Schmitz a ajouté qu’il "examinait régulièrement les options stratégiques" de sa filiale.

De son côté, Engie s’est, dans un premier temps, refusé à tout commentaire. Mais dans l’entourage du groupe, on balaie la possibilité de devenir actionnaire d’Innogy. "RWE cherche un partenaire pour récupérer de l’argent, explique un proche d’Engie. Mais nous n’avons pas intérêt à être minoritaire d’une grande société déjà contrôlée". Une affirmation réitérée mercredi par la directrice générale du groupe français, Isabelle Kocher, qui a assuré en conférence de presse qu'Engie n'aurait "aucun" intérêt à prendre une participation minoritaire dans Innogy.

Fin février, lors de la présentation des résultats annuels, la directrice générale Isabelle Kocher avait indiqué qu’elle préférait la croissance interne mais qu’elle n’excluait pas des "acquisitions ciblées" et non de grosses opérations.

"Nous souhaitons contrôler nos sociétés"

"Nous avons toujours dit que nous n’étions pas intéressés par les participations financières, tranche une autre source proche du groupe. Nous souhaitons contrôler nos sociétés". Le président de RWE a ajouté ce mardi matin qu’Innogy bénéficiait d’une "rentabilité très stable". La filiale d’énergie renouvelables va verser cette année 800 millions d’euros de dividende à ses actionnaires dont près de 700 millions pour RWE.

Le rachat de la totalité d’Innogy est par ailleurs peu probable. Il coûterait tout de même 20 milliards d’euros alors qu’Engie vaut 30 milliards d’euros en Bourse. Et il lui serait difficile de s’endetter lourdement alors que le groupe supporte encore 25 milliards d’euros de dettes. D’autant que l’ancien GDF Suez a fixé à 2 milliards d’euros son enveloppe dédiée aux acquisitions…

Pour autant, à long terme, RWE pourrait bien céder le contrôle d’Innogy dont une partie du capital a déjà été introduit en Bourse en 2015. Un signe que le développement dans les énergies renouvelables n’est pas prioritaires. "Les actionnaires de RWE veulent consolider le marché des centrales thermiques en Europe, décrypte un bon connaisseur du dossier. Pour cela, il leur faut de l’argent et ils pourront vendre Innogy". Une dernière option, plus consensuelle, consisterait à mettre un pied chez Innogy avec une option sur une prise de contrôle à terme. Cette solution permettrait à RWE de profiter des dividendes de sa filiale pendant quelques années. Et à Engie de gagner du temps pour finaliser ces 15 milliards d’euros de cessions et retrouver des marges de manœuvres financières.

Matthieu Pechberty