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EDF : « Je suis inquiet de l'endettement », déclare le PDG

Reconduit par l’Elysée à la tête d’EDF, Jean-Bernard Lévy est revenu sur les ambitions de son entreprise, sur le plateau de Good Morning Business.

Voilà 40 ans qu’un patron d’EDF n’avait pas réalisé un deuxième mandat. L’Elysée a décidé de renouveler celui de Jean-Bernard Lévy, à la tête d’EDF, une décision qui doit encore être confirmée par le Parlement. L’occasion pour cet ancien de Thalès de revenir sur le bilan de son premier mandat. « Les indicateurs 2018 sont au vert » explique-t-il. « On a eu un point bas sur 2016 et 2017. Les résultats 2018 sont en redressement, c’est le rebond. Notre marge brute opérationnelle augmente de 11%. » De bons résultats qui s’expliquent par « le rebond des prix de l’électricité et le plan d’économies que nous avons lancé. Nous sommes presque à 1 milliard entre 2015 et 2018 » souligne Jean-Bernard Lévy.

Pour autant, les défis ne manquent pas pour l’électricien. Le PDG est revenu sur l’endettement abyssal de son entreprise. « Je suis inquiet de l’endettement d’EDF depuis que j’ai pris mes fonctions, il y a 4 ans » souligne-t-il. « J’ai trouvé une entreprise qui gagne de l’argent mais dont la charge d’investissement est considérable. Depuis 3 ans, cet endettement a été stabilisé car nous avons cédé des actifs et parce que l’Etat a décidé de laisser l’argent dans l’entreprise, depuis 3 ans. L’Etat a annoncé qu’il va continuer sur les deux exercices suivants de laisser l’argent dans l’entreprise. » 

Les Chinois construisent 20 centrales en même temps

Jean-Bernard Levy a aussi insisté sur la nécessité d'enchaîner les chantiers e construction de réacteurs pour ne pas perdre la main, comme à Flamanville. « Les Chinois construisent 20 centrales nucléaires en même temps » rappelle-t-il. « Les problèmes que nous avons rencontré à Flamanville sont des problèmes qui sont liés au fait que, depuis 15 ans, nous n’avons pas construit de centrale nucléaire. Nous avons perdu en compétences. »

« Le mot clé, c’est de retrouver de la compétence. Nous disons aux jeunes : il y a plein d’emplois dans la filière nucléaire. Venez trouver des emplois. Il y a du travail pour longtemps » martèle le patron d’EDF. Du côté des projets, Lévy espère « prolonger Hinkley point par d’autres projets EPR », notamment en Inde, où un projet de 6 centrales est actuellement discuté.

« Le monde du nucléaire restera très important »

En France, des projets existent aussi, malgré l’hostilité d’une partie de l’opinion publique. « On a beaucoup de travail à faire pour rappeler tout ce que le nucléaire apporte » souligne-t-il. « Il apporte des emplois, de l’indépendance, des économies de pouvoir d’achat aux frontières » rappelant que, dans les pays voisins, le prix de l’électricité est plus cher.

Concernant la stratégie énergétique du nucléaire (vers une réduction de 50% de la part du nucléaire), Jean-Bernard Lévy s’est contenté d’affirmer qu’il « appliquait la loi (…) Le monde du nucléaire restera très important. 50%, c’est beaucoup. » D’autant plus que l’électricien reste très actif sur sa diversification. « Nous allons devenir un grand du solaire. EDF a des ambitions fortes en France. »

Les concurrents doivent arrêter de se plaindre

Interrogé sur le Brexit, Jean-Bernard Lévy s’est montré rassurant. « Nous avons beaucoup analysé le Brexit, nous avons surstocké un peu en Grande-Bretagne mais nous n’avons pas d’inquiétudes. Pour nous, le Brexit ne nous préoccupe pas particulièrement. Ce qui a été signé engage le gouvernement britannique et il n’y a pas de polémique sur l’énergie nucléaire en Grande-Bretagne. »

Autre sujet majeur, la régulation qui permet aux concurrents d’EDF de bénéficier d’énergie à bas coûts pour promouvoir la concurrence. « Quand on voit les fortunes faites par certains, par ce mécanisme asymétrique, il faudrait qu’ils arrêtent de se plaindre » grince-t-il. « Le gouvernement a dit qu’il fallait réexaminer cette régulation. Remettons en cause quelque chose qui est déséquilibré. Les règles du jeu doivent être équitables. »