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Procès Vivendi: quand Messier raconte son 11-Septembre...

Jean-Marie Messier avec son avocat Pascal Wilhelm et sa compagne en juin 2010 lors du procès en première instance

Jean-Marie Messier avec son avocat Pascal Wilhelm et sa compagne en juin 2010 lors du procès en première instance - -

Lors de son procès devant la cour d'appel de Paris, Jean-Marie Messier a expliqué qu'il avait massivement racheté des actions Vivendi pour éviter une chute du cours à la suite du 11-Septembre.

Mardi 5 novembre, Jean-Marie Messier s’est à son tour expliqué devant la cour d’appel de Paris sur les rachats massifs d’actions Vivendi qu’il a ordonné à l’automne 2001. L’addition fut lourde: 6 milliards d’euros dépensés, dont un milliard entre le 17 septembre et le 2 octobre.

Comme à son habitude, l’ancien PDG a démarré son témoignage par une longue digression très personnelle, comme s’il prenait plaisir à (se) rappeler l’homme important qu’il fut. La cour eu ainsi droit à ses souvenirs du 11-Septembre vus du bureau new-yorkais de Vivendi: "j’ai gardé l’image marquante de centaines de milliers de personnes remontant à pied Park Avenue…". Il a aussi assuré que Vivendi "était exposé comme cible en cas d’attentat", car le groupe possédait des parcs d’attraction. Enfin, il a répété plusieurs fois qu’il était à l’époque membre du conseil d’administration de la Bourse de New York.

"Toutes les règles ont été transgressées"

Puis, enfin, J2M est entré dans le vif du sujet. "J’avais surtout l’angoisse terrible d’être le seul à avoir les mains liées par rapport à nos concurrents américains. Car Vivendi était le seul groupe non- américain parmi les dix premiers groupes mondiaux de communication".

C’était là le problème: autant le gendarme de la Bourse américaine avait levé toutes les restrictions au rachat d’actions pour éviter un krach après le 11-Septembre, autant le gendarme français en avait maintenu la plupart. Et Vivendi n’en respectera quasiment aucune. "Toutes les règles ont été transgressées. Vous êtes au-delà de toutes les règles édictées", lui rappelle la juge Mireille Filippini. "Je reprendrai la même décision", lui répond l’ex-PDG.

"Il se fout un peu de nous"

Le gendarme de la Bourse français étudiera bien les rachats opérés par Vivendi, mais décidera finalement de ne pas ouvrir d’enquête. Son président Michel Prada se contentera d’envoyer une lettre de rappel à l’ordre, déplorant que "certains rachats soient intervenus hors du cadre prévu".

Heureux d’échapper à toute sanction, Jean-Marie Messier demandera à ses collaborateurs de lui "préparer une réponse gentille". Une lettre sirupeuse où J2M assure "admirer la réactivité" du gendarme français, et conclut par un "bien fidèlement et amicalement". En recevant cette réponse, le chef du service d'inspection du gendarme de la Bourse commentera: "il se fout un peu de nous".

La juge Filippini interroge donc Jean-Marie Messier sur ses rapports avec Michel Prada. Lui "et moi sommes camarades à l’Inspection des finances. Mais nous avons une grande différence d’âge (16 ans et demi) et nous n’avons jamais travaillé ensemble. Je n’ai pas eu de contacts avec lui à cette période", répond J2M, qui fustige "les conneries que j’ai pu entendre des parties civiles. Ca fait plaisir à certains de parler de la clique des inspecteurs des finances, la clique des copains et des coquins"…

Jamal Henni