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Molotov: "La loi devra préciser les conditions d'accès aux chaînes gratuites de la TNT"

Le service de télévision sur internet cherche actuellement à lever des fonds

Le service de télévision sur internet cherche actuellement à lever des fonds - Molotov

Jean-Marc Denoual, co-fondateur et vice-président de l'application de télévision, s'explique sur le conflit avec M6 et la levée de fonds en cours.

Combien avez-vous de clients?
4,5 millions de personnes ont déjà utilisé Molotov, et il y en aura 5 millions d'ici la fin du mois, dans un pays déjà ultra-connecté et ultra-pénétré par les box des opérateurs. Et 30% utilisent la fonction d'enregistrement des programmes dans le cloud, une innovation majeure que nous avons été les seuls à déployer à très grande échelle. Il suffit que 10% à 15% de nos utilisateurs gratuits s'abonnent à nos services payants pour que nous atteignons l'équilibre.
Bref, notre offre est devenue mass market en un an et demi. Mais ce succès agace visiblement. Les géants du secteur se demandent pourquoi ils n'ont pas lancé ce service eux-mêmes, ou peut-être quoi faire pour en limiter la portée...

Sur quoi porte votre conflit avec M6?
M6 exige que ses trois chaînes gratuites ne fassent plus partie de l'offre gratuite de Molotov, mais fassent désormais partie des options payantes. M6 argue que ce sont les mêmes conditions appliquées par M6 aux opérateurs télécoms. Au contraire, nous pensons que M6 n'a pas le droit de nous forcer à instaurer un tel paywall, car cela concerne des chaines gratuites. Et qu'une telle demande est une distorsion de concurrence discriminatoire, car les chaînes de M6 continuent d'être accessibles gratuitement sur la TNT, par satellite et sur internet dans l'application 6play. Nous sommes opposés à ce qu'on nous dicte notre politique commerciale pour que cette politique se cale sur celle de nos concurrents.

Où en êtes vous?
Notre accord avec M6 expirait fin décembre et a été prolongé jusqu'à fin mars. Nous avons demandé à M6 de faire appel à un médiateur. Nous avons aussi alerté la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel). Car la convention passée entre M6 et le CSA stipule bien que c'est une chaîne gratuite. Si M6 veut devenir une chaîne payante, alors elle doit demander l'autorisation au CSA, comme l'ont fait LCI et Paris Première en sens inverse.

Etes vous d'accord pour payer pour le signal des chaînes gratuites?
Nous pensons que la loi devra préciser les conditions d'accès des distributeurs aux chaînes gratuites de la TNT. Tant que la position des pouvoirs publics n'a pas été clarifiée sur ce sujet, nous ne sommes pas d'accord pour rémunérer précisément et spécifiquement le signal des chaînes gratuites.
Notez qu'Orange et Canal Plus ont bien signé des accords avec TF1 et M6, mais ils ont affirmé, à travers les déclarations publiques de leurs patrons Stéphane Richard et Maxime Saada, ne pas avoir accepté le principe de payer les chaines gratuites de la TNT.
Mais nous sommes d'accord pour rémunérer les services associés comme le replay. Nous souscrivons à la logique de rémunérer les éditeurs de chaines gratuites, comme nous l'avons toujours fait. En cela, nous sommes plus proches de la position du groupe TF1 que de la position du groupe M6 qui, en plus de vouloir conclure un accord commercial, souhaite nous imposer de rendre leurs chaines gratuites... payantes pour l'utilisateur.

La rémunération des chaînes vient d'augmenter fortement. Avez-vous les moyens financiers de suivre cette augmentation?
Nous versons déjà des rémunérations aux chaînes. Nous avons suivi les négociations entre TF1, M6 et leurs distributeurs. Nous nous attendions donc à leur verser plus d'argent, ce n'est pas une surprise, et cela ne nous pose pas de problème de principe.
Mais notez que les accords conclus récemment entre les opérateurs et TF1 ou M6 permettent à ces opérateurs de proposer ces chaines et services non seulement sur leurs box TV, mais aussi sur leurs dizaines de millions d'abonnés mobiles.
Et Molotov compte une proportion moindre d'utilisateurs sur la TV [Ndlr: seulement 10% des utilisateurs de Molotov environ]. La majorité de nos utilisateurs nous utilise depuis leur PC, tablette ou leur mobile.
Bref, si l'on applique à Molotov la rémunération payée par les opérateurs à TF1 ou M6, alors nous devrions payer quelques millions d'euros à ces acteurs, selon une simple règle de trois.

Où en sont vos rapports avec Canal Plus?
Aujourd'hui, nous distribuons C8, CStar, CNews, Ciné+, mais pas Canal Plus, ni même ses tranches en clair. Nous aimerions évidemment distribuer Canal Plus, mais aussi le bouquet de chaînes thématiques Famille par Canal dont bénéficient déjà Free, Bouygues Telecom et Orange.

Cherchez-vous de l'argent?
Nous avons mandaté la banque Rain pour une nouvelle levée de fonds, qui pourrait aller jusqu'à 50 millions d'euros. Ces fonds nous permettront de poursuivre notre développement en France, et de nous lancer dans un autre grand pays européen [Ndlr: il s'agirait de l'Allemagne], où nous avons déjà conclu des accords avec les principales chaînes privées. Nous sommes en phase de finalisation de cette levée de fonds. Cette levée pourrait se faire auprès de fonds d'investissement et/ou d'industriels du secteur. Nous recevons des marques d'intérêt fortes de plusieurs industriels du secteur, ce qui est plutôt flatteur. Mais nous ne sommes pas en discussions pour faire rentrer au capital Vivendi ou Canal Plus.

Vous aviez déjà levé 32 millions d'euros. Selon plusieurs sources, ces fonds sont presque épuisés. Qu'en est-il?
Nous ne dévoilons pas le montant actuel de notre trésorerie -d'ailleurs qui le fait? Mais nous ne sommes pas en difficultés financières.

Les levées de fonds de Molotov

2013
1 million d'euros auprès de JDH (Jean-David Blanc), Pierre Lescure, Jean-Marc Denoual, Kevin Kuipers

2014
9 millions d'euros auprès de Jean-Marc Denoual, Oleg Tscheltzoff, Idinvest, Orefi (Jacques-Antoine Granjon), Jaïna (Marc Simoncini), Dotcorp (Steve Rosenblum), Parness SA (filiale de Heptagon Investments Ltd basé aux îles Vierges britanniques), Do&co (Haïm Dan Ohayon)

2016
22 millions d'euros auprès d'Idinvest, Sky (4 millions d'euros), Letter One (fonds du Russe Mikhail Fridman), TDF

Source: BFM Business

Jamal Henni