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Mohamed Merah, l'homonyme qui réclame 100.000 euros à M6

A l'époque, "66 minutes" était présenté par Aïda Touhiri

A l'époque, "66 minutes" était présenté par Aïda Touhiri - M6

Deux semaines après les attentats de Toulouse en 2012, la Six a diffusé par erreur la photo d'un homme portant le même nom que le terroriste. Il réclame à la chaîne 100.000 euros de dommages.

Entre le 11 et le 19 mars 2012, Mohamed Merah tue sept personnes à Toulouse et Montauban, avant d'être abattu le 22 mars 2012. Quelques jours plus tard, le 1er avril 2012, M6 consacre au tueur son émission 66 minutes. Lors des plateaux apparaît une photo de Mohamed Merah. Mais le magazine se trompe: la photo diffusée n'est pas celle du bon Mohamed Merah, mais celle d'un homonyme, récupérée sur Facebook.

Loïc Bussy, avocat de l'homonyme, explique: "Cette erreur a eu des conséquences dramatiques. L’image de mon client a fait le tour du monde sur internet. Elle fut reprise par tous les médias mondiaux jusqu’en Chine. Mon client a été contraint de se cacher chez sa mère, cela a duré plusieurs semaines".

L'erreur est d'autant plus inexplicable que la photo du bon Mohamed Merah avait été largement diffusée lors des jours précédents. En outre, alors que le terroriste habitait Toulouse, son homonyme réside dans le nord de la France...

Vice de forme

Un an et demi plus tard, l'homonyme se décide à porter plainte contre la chaîne. Il lui réclame 100.000 euros de dommages pour "violation de sa vie privée et de son droit à l'image".

Pour se défendre, la Six essaye d'annuler la plainte pour une raison de procédure. Elle argue que l'affaire constitue non pas une atteinte à l'image du faux Mohamed Merah, mais une diffamation envers lui. Or une plainte pour diffamation doit être déposée dans les trois mois. Mohamed Merah n'ayant pas porté plainte à temps, l'affaire serait alors prescrite, et M6 ne devrait pas un sou. CQFD.

Dans un premier temps, la justice a donné raison à Mohamed Merah. En mars 2015, un premier jugement du tribunal de grande instance de Douai a estimé que l'affaire relevait bien du droit à l'image. Mais la cour d'appel de Douai, saisie par M6, vient de casser ce jugement pour une raison de forme. Elle estime que la question du droit applicable (droit à l'image ou droit de la presse) ne devait pas être tranchée au début de l'affaire par le juge de la mise en l'état, mais à la fin, avec le fond de l'affaire. L'affaire est donc revenue devant le tribunal de Douai, qui va trancher à la fois la question du droit applicable, et des dommages.

Contactée, M6 s'est refusé à tout commentaire.

Jamal Henni et Simon Tenenbaum