BFM Business

Les options de Bolloré chez Lagardère

Vivendi a racheté 10,6% de Lagardère pour éviter à son patron une déroute face au fonds Amber Capital. Mais il a surtout saisi une occasion unique d’entrer dans un groupe qu’il convoite depuis plusieurs années. Plusieurs options s’offrent à lui comme le rachat de la participation d’Amber pour prendre le contrôle du groupe.

"Pourquoi Vincent Bolloré n’a racheté que 10,6% de Lagardère?" C’est par cette question qu’un des protagonistes de la bataille qui s’est jouée à l’assemblée générale de mardi du groupe Lagardère éclaire sur les intentions réelles de Vincent Bolloré. Pour ce fin connaisseur de l’homme d’affaires breton, la réponse tient en une addition: "10,6%+18%=28,6%, juste en-dessous du seuil légal de 30% obligeant le lancement d’une OPA".

Un avis partagé par un autre habitué des grandes batailles boursières, à la fois proche de Lagardère et de Vivendi : "Bolloré a racheté juste ce qu’il faut pour monter ensuite directement à 29% en rachetant au bout du compte la participation d’Amber".

"Amber ne tiendra pas longtemps"

En entrant au capital du groupe Lagardère, Vincent Bolloré a créé une situation tactique dont il a le secret. Il se met dans la position d’acheteur dans un groupe où la plupart des grands actionnaires, Amber (18%) et le Qatar (13%) souhaitent plutôt sortir du capital rapidement. Après la défaite d’Amber mardi à l’assemblée générale, ce scénario semble encore plus crédible.

"Amber ne tiendra pas longtemps car la réalité économique s’imposera", juge un allié de Lagardère. Le fonds perd de l’argent sur son investissement d’environ 400 millions. Selon les analystes, son prix de revient est d’environ 17 euros alors que le cours est à 14 euros… En face, Vincent Bolloré est entré chez Lagardère à un cours compris entre 10 et 12 euros. Selon nos informations, le prix de revient de Marc Ladreit de Lacharrière est inférieur à 10 euros.

Découper Hachette et le rapprocher d’Editis

"Tout est possible, ils verront si leurs intérêts convergent" confie un proche d’Amber qui laisse la porte ouverte. Un bon connaisseur du dossier assure que le fonds et Vivendi "discutent", ce que dément l’entourage d’Amber. Cette option permettrait à Vincent Bolloré de réaliser ce qu’il fait de mieux: les prises de contrôle rampant comme il l’a fait chez Havas et Vivendi, mais a échoué chez Telecom Italia et Mediaset. L’homme d’affaires pourrait ainsi jouer le démantèlement de Lagardère comme il l’a fait chez Vivendi pour récupérer le cash des ventes d’actifs.

Outre le coup tactique et financier, Vincent Bolloré a d’autres cordes à son arc. Le volet industriel est aussi clé. Les spécialistes des médias estiment que le premier actionnaire de Vivendi cherche à mettre la main sur Hachette pour le rapprocher de son éditeur Editis. Sur le papier, un tel mariage est impossible. Les deux groupes avaient déjà tenté de le faire en 2003 après le démantèlement de Vivendi pour échapper à la faillite. "Fusionner Hachette et Editis a déjà été retoqué par Bruxelles, souligne un proche de Vivendi. Mais Bolloré peut découper Hachette pour en récupérer la branche internationale et revendre l’édition française à Fimalac". Les activités d’Hachette aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pèsent 50% du chiffre d’affaires du groupe pour environ un tiers de ses bénéfices.

Premier test : la vente de Simon & Schuster

Avant ce scénario qui agite tous les banquiers de Paris, Vincent Bolloré pourrait rapidement jouer un billard à plusieurs bandes chez Lagardère. Plusieurs sources rapportent que Vivendi s’intéresse de près à l’éditeur américain Simon & Schuster, mis en vente par le géant CBS. Or, Hachette, la maison d’édition de Lagardère le convoite aussi. "Hachette est celui pour qui le rachat de Simon & Schuster a le plus de sens et crée le plus de valeur" assure un spécialiste. Sauf qu’en face, le milliardaire britannique Rupert Murdoch s’y intéresse aussi. Et que l’éditeur américain vaut 1 milliard de dollars, malgré la crise. "Bolloré peut bloquer Lagardère pour le racheter avec Vivendi", projette cette source. Quoi qu’il en soit, une telle acquisition semble inenvisageable pour Lagardère en ce moment. "Il n’en a pas les moyens" tranche un actionnaire.

Si Vivendi parvenait à racheter Simon & Schuster, Vincent Bolloré pourrait ensuite user de sa position chez Lagardère pour le marier avec la branche internationale d’Hachette. "C’est sur le marché américain qu’il pourrait dégager le plus de synergies et frapper un grand coup", note un bon connaisseur. Ces multiples scenari illustrent les nombreuses opportunités qui s’offrent à Vincent Bolloré en mettant un pied chez Lagardère. Un investissement d’à peine 200 millions d’euros qui pourrait, in fine, lui rapporter beaucoup. C’est par une porte aussi petite qu’il était entré en 2011 chez Vivendi en vendant ses deux chaines Direct 8 et Direct Star pour 280 millions d’euros. Il avait pris à l’époque 4,4% de Vivendi et en contrôle aujourd’hui 27%.