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Les médias russes de plus en plus influents en France

Marine Le Pen interviewée par RT lors de sa visite à Moscou

Marine Le Pen interviewée par RT lors de sa visite à Moscou - -

Deux ans après leur lancement, les versions françaises de RT et Sputnik réunissent déjà 2 millions de visiteurs uniques par mois.

Pour la première fois, la Russie est intervenue dans l'élection présidentielle française. Sur le terrain diplomatique, Vladimir Poutine a reçu en mars Marine Le Pen. Et sur le plan médiatique, cette élection est la première à être couverte en français par deux sites web appartenant à Moscou: Sputnik et RT (initiales de Russia Today).

Les versions françaises de ces deux sites ont été lancées respectivement fin 2014 et début 2015. Ils ont déjà conquis une audience non négligeable. Selon Médiamétrie, Sputnik a réuni 828.654 visiteurs uniques en février, et RT.com 1,2 million.

Ligne souverainiste de droite

La ligne éditoriale défendue par les deux sites est plutôt souverainiste de droite. On y trouve sur RT.com des interviews de Marine Le Pen, Jean-François Copé, Jacques Cheminade, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan... Le directeur de Valeurs actuelles, Yves de Kerdrel, y a tenu une chronique jusqu'en avril 2016. L'économiste eurosceptique Jacques Sapir intervient aussi régulièrement sur les deux sites.

Inversement, les deux sites sont assez critiques vis-à-vis d'Emmanuel Macron. En février, Richard Ferrand, secrétaire général d'En marche!, avait déploré leur "travail de sape et de diffamation": "Russia Today et Sputnik s’acharnent à répandre sur Emmanuel Macron les rumeurs les plus diffamatoires. Un jour, il est financé par 'le riche lobby gay', un autre, il est un 'agent américain au service du lobby bancaire'. Ces deux sites sont moins des médias d’information que des organes de propagande classique. Leurs choix tactiques dans la présidentielle française sont révélateurs: Mme Le Pen et M. Fillon sont mystérieusement épargnés, comme si leur proximité notoire avec le pouvoir russe les immunisait contre les calomnies dont Emmanuel Macron est la cible". RT et Sputnik avaient alors rejeté ces attaques "sans fondement" et des "accusations sans preuves".

Au soir du 1er tour, les deux sites n'ont pas été acceptés au QG de campagne d'Emmanuel Macron. "Ils font partie d'un dispositif destiné à nous atteindre. Nous considérons RT France et Sputnik comme une agence de propagande d'État. C'est vraiment la volonté délibérée et systématique de donner de fausses nouvelles, de fausses informations", a justifié un porte-parole du candidat. "Il s'agit d'une discrimination ciblée et éhontée des médias russes de la part du candidat à la présidentielle d'un pays qui a toujours été vigilant en matière de liberté d'expression", a répondu Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, appelant les autorités françaises à "prendre des mesures pour prévenir de telles violations lors du second tour".

Une chaîne de télévision d'ici fin 2017

Un petit peu de publicité est présente sur les deux sites, avec des bannières commercialisées par Google, et des liens vers d'autres articles fournis par Taboola. Lors de son premier exercice (2015), la filiale française de RT, qui édite la version française de RT.com, indique avoir engrangé un bénéfice de 171.200 euros sur un chiffre d'affaires d'un million d'euros.

RT compte passer à la vitesse supérieure en lançant d'ici fin 2017 une chaîne d'information continue en français. Un budget annuel d'un million d'euros a été évoqué. Une convention avec le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) a déjà été signée en 2015. Selon ce texte, le comité d'éthique de la chaîne sera composé de Jacques Sapir, de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse et du député Républicain Thierry Mariani. 

Soutien à Trump contre Clinton

Les médias du Kremlin ont aussi été accusés d'être intervenus dans l'élection présidentielle américaine. Selon un rapport des services de renseignement américains, "la machine de propagande de l’Etat russe, comprenant RT et Sputnik, a contribué à influencer la campagne en servant de plate-forme pour les messages du Kremlin. Les médias détenus par la Russie ont fait des commentaires de plus en plus favorables sur M. Trump, tout en traitant de manière négative Mme Clinton. RT et Sputnik ont constamment présenté M. Trump comme étant traité de manière injuste par des médias américains asservis à un establishment politique corrompu".

Le point de vue russe

Ces deux médias font partie d'un vaste plan de diffusion du "point de vue de la Russie" hors des frontières nationales, lancé il y a une demi-douzaine d'années par Mikhaïl Lessine, alors ministre de la communication de Vladimir Poutine. On estime que le Kremlin leur verse entre 600 millions et un milliard de dollars par an.

Toutefois, aucun des deux médias n'indique sur son site appartenir à la Fédération de Russie, ni être financé par elle. Dans la page de présentation du site, Sputnik ne fait même aucune mention de la Russie, tandis que RT indique seulement "offrir au public étranger un aperçu de la position russe".

RT et Sputnik disent suivre l'exemple de la plupart des puissances occidentales, qui financent elles aussi des médias destinés à diffuser leur point de vue à l'international, comme la France avec France 24 et RFI...

L'audience des médias russes en français

RT France
Site web: 1.216.124 visiteurs uniques* Facebook: 342.507 likes Twitter: 64.500 abonnés YouTube: 52.252 abonnés Instagram: 5.726 abonnés

Sputnik France
Site web: 828.654 visiteurs uniques* Facebook: 284.730 likes Twitter: 39.300 abonnés YouTube: 3.830 abonnés Instagram: 1.009 abonnés Soundcloud: 430 abonnés

*Source: Médiamétrie, février 2017, ordinateurs + mobiles + tablettes

Jamal Henni