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"Les intermittents ne défendent pas forcément la culture"

Manifestation d'intermittents à Paris le 4 avril

Manifestation d'intermittents à Paris le 4 avril - -

Certains artistes sont fort critiques vis-à-vis du mouvement des intermittents du spectacle, comme Fabienne, comédienne, qui tient à garder son anonymat pour "ne pas compromettre sa carrière". Interview.

Que pensez-vous du mouvement des intermittents?

D'abord, ce conflit est trop politisé. On nous dit que toute réforme de ce régime est forcément de droite, et que tout artiste doit forcément être de gauche, et donc défendre l’intermittence. Je refuse cette pensée unique.

Surtout, s’attaquer à intermittence ne veut pas dire qu’on s’attaque à la culture en elle-même, comme le prétend le mouvement des intermittents. C’est de la mauvaise foi, car cela n’a pas de rapport. On peut très bien travailler dans le spectacle sans obligatoirement défendre ce régime. Sous le couvert d’un combat universel, ce mouvement ne fait que défendre un intérêt catégoriel.

Que pensez-vous du régime de l'intermittence?

Réclamer de l’argent quand on ne fait rien, sous prétexte qu'on a choisi à vingt ans de faire exclusivement un métier artistique, est indéfendable. Un comédien arrive très bien à vivre sans le régime d’intermittent –j’en suis le parfait exemple.

Ensuite, ce régime n’existe pas dans d’autres pays, où les comédiens font des petits boulots, comme je l’ai fait un peu moi-même. Et il y a autant de comédiens aussi talentueux chez nos voisins.

Surtout, quand on veut devenir artiste, cela implique une prise de risque, il faut s’attendre à enchaîner les CDD et à ne pas gagner beaucoup d’argent, en tous cas au début. Le plus artiste n’est pas celui qui en vit. Pour moi, il y a une contradiction entre la volonté d’être artiste, et la volonté d’être intermittent, c’est-à-dire de devenir un professionnel de la profession. C’est devenir artiste sans prise de risque. C'est triste que l’objectif de jeunes soit de décrocher le "statut" d’intermittent, c’est-à-dire de se professionnaliser immédiatement, et de faire une fête entre amis quand ils l'obtiennent enfin...

Pensez-vous qu'il y a trop d'intermittents?

En tous cas, il y a bien trop de gens qui veulent travailler dans le spectacle ou le cinéma, sans rien y connaître, ni avoir fait grand-chose, bref sans un minimum de sincérité. Permettre à tout le monde de faire tout, n’est pas le stade ultime de la civilisation. Cela condamne juste les artistes à être de plus en plus nombreux, et à gagner de moins en moins.

Si l’accès à ces métiers était plus restreint, cela éliminerait certains parasites, et les comédiens travailleraient plus et mieux. Moins de gens qui font de la culture n’entraînera donc pas forcément moins de culture.

Jamal Henni