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Le Stade de France victime de la Fédération française de rugby?

Le Stade de France pourrait voir son avenir s'assombrir.

Le Stade de France pourrait voir son avenir s'assombrir. - -

La Fédération française de rugby a voté l'émission d'un emprunt obligataire pouvant atteindre 200 millions d'euros, afin de pouvoir financer sa propre enceinte. Une opération qui pourrait coûter cher à Vinci et Bouygues, gestionnaires du Stade de France.

Le point de non-retour est probablement atteint entre la Fédération française de rugby (FFR) et le Stade de France. Lors d’une assemblée extraordinaire, samedi 22 juin, la première a, en effet, validé l’émission d’un emprunt obligataire pouvant aller jusqu’à 200 millions d’euros.

Cette levée de fond a pour objectif de couvrir une partie du financement de son propre stade, prévu pour 2018 et dont le coût est estimé à 600 millions d'euros.

Ce dernier devrait être construit à Ris-Orangis, dans l’Essonne, et comporter 83.000 places, soit plus que les 80.000 du Stade de France, dont il deviendra ainsi le concurrent direct.

Des conditions ultra favorables pour le CSDF

Ce vote constitue donc une nouvelle étape dans la dégradation des relations entre la Fédération et le consortium qui gère l’enceinte située à Saint-Denis (le CSDF), détenu à 67% par Vinci, et à 33% par Bouygues.

En bref, les dirigeants du rugby français reprochent au CSDF les termes de la convention signée en 1995 entre les deux parties, et largement à l’avantage du second.

Pour une raison simple: le gouvernement de l’époque, désireux d’assurer le financement de ce stade spécialement construit pour la Coupe du monde de football de 1998, a octroyé des conditions très favorables au consortium, les candidats ne s'étant pas bousculés.

La FFR estime le manque à gagner à 18 millions d'euros par an

Problème: la concession du Stade de France, d’une durée de 15 ans, prend fin le 30 juin prochain. La FFR et le consortium n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente sur une renégociation globale de la convention les unissant.

La première estime qu’elle perd environ 18 millions d’euros par an entre le loyer fixe de l’enceinte, divers dédommagements et taxes, sans compter les places réservées aux clients du CSDF. Elle a donc choisi la solution la plus radicale: construire son propre stade.

Pas d'avenir pour le Stade de France ?

Cette décision ne fait pas que des heureux. En comptant les six matchs annuels de l’équipe de France de rugby en moins, ajoutés aux divers évènements qui pourraient migrer vers la nouvelle enceinte, l’opération pourrait coûter cher au Stade de France.

D'autant que l'Etat a décidé, en 2013, de ne plus verser l'indemnité prévue en cas d'absence de club résident, qui s'élevait encore à 12 millions d'euros l'an dernier. Cette subvention, désormais rayée du budget, faisait partie des nombreux avantages accordés par le gouvernement Balladur en 1995.

Les affaires se compliquent donc pour le CDSF. Phillippe Auroy, le directeur général de l'enceinte, admettait d'ailleurs en octobre dernier que si la FFR construisait son propre stade, il n'y aurait "pas d'avenir pour le Stade de France."

Yann Duvert