BFM Business

Le maigre bilan d'Aurélie Filippetti au ministère de la Culture

En un peu plus de deux ans, le bilan d'Aurélie Filippetti n'est pas très étoffé.

En un peu plus de deux ans, le bilan d'Aurélie Filippetti n'est pas très étoffé. - Patrick Kovarik - AFP

En deux ans et trois mois, la ministre de la Culture n'a pas pu faire grand chose rue de Valois, faute d'argent et de poids politique.

Aurélie Filippetti avait jusqu'à présent toujours pris soin de ne pas se fâcher ni avec François Hollande ni avec Manuel Valls, qui l'avaient reconduite il y a cinq mois au ministère de la Culture. Mais elle a finalement annoncé lundi 25 août qu'elle rendait son tablier. Elle quitte la rue de Valois après deux ans et trois mois, sur un bilan assez maigre. Revue de détail. 

1. Une seule loi

Aurélie Filippetti laisse derrière elle une unique loi, votée il y a un an. Cette loi retire au gouvernement le pouvoir de nommer les patrons de France Télévisions et Radio France, pour rendre ce pouvoir au CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), dont l'indépendance vis-à-vis du politique est aussi renforcée. Une telle réforme figurait parmi les 60 engagements du candidat Hollande.

Mais Aurélie Filippetti avait aussi promis trois autres lois: sur le patrimoine, sur le spectacle vivant et sur le numérique, annoncées d'abord pour 2013, puis reportées à 2014. Finalement, aucun de ces textes n'a été voté, ni même présenté, la ministre n'ayant pas réussi à les imposer dans le calendrier parlementaire.

2. L'exception culturelle

Durant le mandat d'Aurélie Filippetti, Paris a remporté deux victoires contre Bruxelles. D'abord, la cour de justice européenne a jugé légal de prélever de l'argent sur les fournisseurs d'accès à internet pour le reverser à l'audiovisuel. Ensuite, l'audiovisuel a été exclu des négociations avec les Etats-Unis sur le futur traité de libre échange. 

3. Le budget

Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait promis de "sanctuariser" le budget de la Culture. Las! Ce budget a subi rabot sur rabot. "Cela fait partie des sujets qui ont été très difficiles à accepter pour moi. La première année, il y a eu une diminution sans précédent du budget de la Culture, qui a été très lourde: -4%", a confié l'ex-ministre ce mardi matin sur BFMTV, ajoutant: "je suis heureuse de laisser à mon successeur un budget qui va être stabilisé pour les trois prochaines années". Une vision enjolivée des choses: le budget triennal, voit les crédits de la Culture et de la Communication fondre de 259 millions d'euros entre 2014 et 2017, soit -8%.

Il y a un an, Aurélie Filippetti avait aussi tenté d'instaurer une taxe sur les appareils connectés à internet (tablettes...) pour financer la culture, reprenant une idée du rapport de Pierre Lescure. Mais la ministre a perdu l'arbitrage et a dû reculer. 

4. Les intermittents

Ce dossier a pourri les derniers mois de la ministre, qui a dû renoncer à se rendre dans les festivals d'été, car les intermittents menaçaient de faire grève si elle venait. Reste que les festivals ont presque tous été maintenus, et que le mouvement de contestation s'essouffle.

Le paradoxe est qu'un ministre de la Culture est toujours en première ligne sur le dossier des intermittents, alors que ce n'est guère lui qui décide. En effet, ce régime dépend d'un accord entre patronat et syndicats, qui est ensuite entériné par le ministre du Travail. 

Mardi matin sur BFMTV, Aurélie Filippetti a rappelé: "j'ai contesté le protocole du 22 mars (entre patronat et syndicats], je n'étais pas en accord. J'avais alerté Jean-Marc Ayrault sur l'effort trop important qu'on allait faire porter sur les intermittents. Ce n'était pas ce qu'on avait préparé dans les mois précédents avec le ministre du Travail." 

5. Le piratage sur internet

Là encore, le bilan est maigre. Seul changement: l'accès à internet des pirates ne peut plus être suspendu -une peine instaurée sous Nicolas Sarkozy mais qui n'avait jamais été appliquée... Pour le reste, rien n'a changé. L'Hadopi existe toujours et continue à envoyer des emails aux pirates, contrairement aux promesses des socialistes durant la campagne présidentielle. 

Certes, Aurélie Filippetti voulait transférer l'envoi des emails de l'Hadopi vers le CSA, comme suggéré par le rapport de Pierre Lescure. Mais la loi instaurant ce transfert n'a jamais été présentée faute de place dans l'agenda parlementaire, et peut être aussi faute de majorité...

Idem pour toutes les autres propositions du rapport Lescure, qui avaient été approuvées par Aurélie Filippetti, mais aucune n'a été mise en place, plus d'un an après la publication du rapport. 

6. La résistance à Netflix

En janvier, Aurélie Filippetti enjoint Netflix à s'installer en France pour lancer son service français. Las! La ministre n'a aucune base légale pour exiger cela. Le géant californien lui oppose une fin de non recevoir, et s'installe aux Pays-Bas. 

La ministre a aussi tenté de rendre l'offre légale de films sur internet plus attractive, en proposant des films plus frais, comme le suggérait le rapport Lescure. Concernant les offres de vidéo-à-la-demande illimitées (SVOD), Pierre Lescure proposait que les films soient disponibles un an et demi après leur sortie en salles, au lieu de trois ans comme actuellement. Mais cette proposition a suscité une levée de boucliers du secteur. Désormais, Aurélie Filippetti propose de réduire ce délai à deux ans, ce qui est la position de TF1 et Canal Plus. 

7. La presse écrite

Durant la campagne, François Hollande avait promis de "remettre totalement à plat les aides à la presse. Il ne s’agit pas de les remettre en cause, mais de mieux les cibler vers le lecteur citoyen, celui qui réfléchit, celui qui a besoin d’axes de réflexion, celui qui est dans la cité. Nous aurons à revoir ces aides avec une volonté de mettre la presse d’information politique et générale au premier rang des titres qui doivent bénéficier de ces aides".

Finalement, les aides ne sont pas plus ciblées qu'avant, et les aides en faveur des magazines de loisirs ont été maintenues à l'identique. Mais le budget global des aides a diminué. 

En revanche, la TVA sur le livre a bien été abaissée de 7% à 5%, comme promis durant la campagne.

8. La musique

Là encore, il ne s'est pas passé grand chose. A son arrivée, Aurélie Filippetti a enterré le projet de Centre national de la musique, lancé sous Nicolas Sarkozy, bien que François Hollande l'ait repris à son compte durant la campagne présidentielle. Face à la fureur de la filière musicale, la ministre promet de relancer le projet en janvier 2014. On attend toujours...

Jamal Henni