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Le clan Hallyday lave son linge sale devant les juges

Le clan s'était réuni pour la dernière fois lors des obsèques

Le clan s'était réuni pour la dernière fois lors des obsèques - AFP Ludovic Marin

L'avocat de Laeticia a rappelé le passé torturé de Laura, tandis que ses adversaires ont tiré à boulets rouges sur la veuve de Johnny.

Après un premier round d'observation le 15 mars, les avocats de la famille Hallyday se sont retrouvés vendredi 30 mars pour une audience de 3 heures et demie devant le tribunal de grande instance de Nanterre. Cette fois, les débats ont volé encore plus bas. En fin d'audience, l'avocat de Laeticia, Ardavan Amir-Aslani a dérapé, rappelant le passé torturé de Laura: "Laeticia était là quand Laura était en garde à vue, quand Laura a été placée en soins à Sainte Anne..."

Laeticia "la manipulatrice"

Il faut dire que deux heures plus tôt, Laeticia n'avait pas été ménagée par Carine Piccio, l'avocate de David, qui appelait la veuve Hallyday par son nom de jeune fille, Boudou:

"Mme Boudou est une sacrée manipulatrice, elle manipule l'opinion publique et les débats. Mais elle ne peut pas assumer l'image que cela donne d'elle...
On nous dit que Mme Boudou est une femme sans emploi, qu'on a voulu mettre à l'abri. C'est à la limite de l'indécence...
Pour pouvoir redorer le blason de Mme Boudou, il faut ternir l'image de son mari. Il faut salir l'image de Johnny, car c'est à ce prix qu'on tente d'inverser l'image que l'opinion publique se fait de Mme Boudou. Le père [André Boudou] le dit drogué, alcoolique, criblé de dettes. Nous n'avons donc même pas en commun la volonté de préserver l'image de Johnny Hallyday".

Peu après, l'avocat de Laura, Jean-Pierre Temime, en a remis une couche:

"Depuis 2014, jamais David ni Laura n'ont été informés des dispositions testamentaires de Johnny Hallyday, ni par lui, ni autrement. Jamais le testament américain ne leur a été communiqué, ils l'ont appris par RTL. Ni David ni Laura n'ont pu lui dire au revoir. Ils ont lu dans le journal que la maison de Marnes-la-Coquette était en vente. Ce sont quand même ses enfants, aussi!"

Face à ces attaques, l'avocat de Laeticia a tenté de susciter la compassion:

"Laeticia était là dans les moments difficiles... Cette femme a été trainée dans la boue, moralement assassinée... Elle est aujourd'hui meurtrie... On demande d'interdire de moyens de subsistance et de vie une femme et ses enfants de 9 et 13 ans [Jade et Joy]. Ils n'ont que les revenus de l'artiste [Johnny Hallyday] pour vivre....
Johnny vivait dans la peur de manquer, dans la crainte, dans l'incertitude. A un an, son père l'avait fait déplacer pour vendre le lit dans lequel il dormait....
Depuis les 8-9 ans que je travaille pour les Hallyday, je n'ai jamais croisé David ou Laura. C'était probablement aussi le cas pour Johnny..."

30 à 40 millions d'euros d'actifs

Mais les débats ont surtout porté sur les biens du chanteur. Les avocats de David et Laura demandent à ce que Laeticia ne puisse vendre les actifs, ni les apporter à un trust, comparé à "un coffre fort où personne ne pourra aller les chercher".

"On pense que Laeticia est là pour dépenser des sommes pharaoniques, et que dans six mois il n'y aura plus rien... On a peur que Laeticia vende les actifs, mette le cash dans sa poche pour partir aux Bahamas ou au Brésil. Mais on n'est pas dans une situation où l'on va prendre l'argent pour s'enfuir au Brésil", a rétorqué l'avocat de la veuve Hallyday, passant en revue ces actifs un par un.

L'argent liquide? "Il est bloqué aujourd'hui". La maison de Saint Barthélémy? "Elle a été mise en location, puis démolie par l'ouragan Irma, et Leaticia y séjourne lorsqu'elle rend hommage à son mari". La maison de Marnes-la-Coquette? "Elle n'est pas à vendre, aucun agent n'a de mandat, et elle représente un caractère émotionnel pour Laeticia". De toutes façons, "la principale résidence est celle de Pacific Palissades à Los Angeles, dont la valeur est 2 à 3 fois celle de Marnes-la-Coquette". Et la seconde maison située sur Linda Lane à Santa Monica, découverte à l'occasion de cette procédure? C'est juste "une petite maison de rapport qui vaut un million de dollars et qui est louée". Au total, "il y a trois immeubles et demi, et les droits [sur les chansons], c'est tout. On parle de 30 à 40 millions d'euros, pas de milliards". 

Un plaidoyer qui n'a pas convaincu l'avocat de Laura, Emmanuel Ravanas, qui a fait remarquer que "le mandat de vente de Marnes-la-Coquette a disparu après notre action en justice"...

Johnny avait obtenu une green card aux Etats-Unis

L'autre grand débat a été de savoir si s'appliquait la loi française (comme l'affirme David et Laura) ou la loi américaine qui permet de déshériter ses enfants (comme le prétend Laura). Débat qui s'est vite transformé en: Johnny était-il plus Américain que Français? L'avocat de Laura, Emmanuel Ravanas, s'est interrogé:

"La carrière de Johnny s'est-elle faite en France ou aux Etats-Unis? Ses albums se vendaient-ils plus en France ou aux Etats-Unis? Johnny s'est-il marié en France ou aux Etats-Unis? Johnny a-t-il adopté en France ou aux Etats-Unis? Et quand il est tombé malade, Johnny a-t-il décidé de se faire soigner en France ou aux Etats-Unis?
Bref, Johnny est une part de France, un destin français"

L'avocat de Laeticia a ensuite fait la démonstration inverse:

"L'Amérique était le choix de l'artiste. Johnny Hallyday a introduit le rock'n'roll en France. Il a vécu aux Etats-Unis dix ans avec Sylvie Vartan. Puis il y a vécu depuis dix ans. Il avait une green card depuis 2014. Ses enfants étaient scolarisés là bas. Il a enregistré quasiment tous ses albums là bas. Il payait ses impôts aux Etats-Unis, et effectuait en France une déclaration de non résident".

Certes, la fin de sa vie s'est déroulée en France. "Mais à 74 ans, quand on a une opération de la hanche, on ne reprend pas l'avion pour Los Angeles. Puis, quand il a eu son cancer, il lui était interdit de se déplacer".

Verdict le 13 avril.

Jamal Henni