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L'intrigant fantôme cégétiste de l'Opéra de Paris

L'Opéra a, dans ses rangs, un mystérieux salarié.

L'Opéra a, dans ses rangs, un mystérieux salarié. - Ed Schipul - Flickr - CC

Depuis 2013, l'Opéra de Paris verse 40.000 euros par an à Patrice M. Un salarié mandaté par la CGT pour œuvrer pour le bien du personnel de l'Opéra. Seulement, dans l'établissement, personne ne le connait.

Un mystère vieux d'un siècle a peut être enfin été élucidé: le fantôme de l'Opéra n'est pas seulement le fruit d'imagination de Gaston Leroux. Il s'appelle Patrice M. et la révélation de son existence n'arrange pas les affaires des dirigeants de l'Opéra Garnier qui font face à une multiplication de révélations pas très glorieuses. Après des notes de téléphone particulièrement salées, des travaux de loges qui font polémiques, Le Parisien a dévoilé ce lundi 9 novembre l'existence de Patrice M. dont tout laisse à penser qu'il bénéficie d'un emploi fictif.

L'Opéra national de Paris aurait versé 40.000 euros par an depuis 2013 à la CGT pour indemniser un syndicaliste. Un certain Patrice M. Problème: aucun Patrice M. n'apparaît dans les registres de l'établissement. Le quotidien raconte qu'au standard, aucun numéro n'existe à son nom et que la direction de l'établissement ignore son existence. Le fantôme de Gaston Leroux aurait donc pris vie? Il semblerait que l'histoire soit, malheureusement, moins romanesque que cela.

En 2013, le directeur des ressources humaines présente un document en conseil d'administration dans lequel il est écrit que l'équivalent d'un temps plein est versé à la CGT sous la forme d'une contribution "aux fins de mandatement de Monsieur Patrice M., salarié de la CGT". Rapidement, un administrateur de l'Opéra alerte le parquet de Paris, s'étonnant qu'un organisme public verse de l'argent à une fédération syndicale pour payer le salaire d'une personne qui n'y est pas salarié. Mais le signalement est classé sans suite. En 2014, le syndicat FSU dénonce ce versement qui "pourrait constituer un détournement de fonds".

Accord social de 2010

Erwan Le Roux, délégué syndical CGT de l'Opéra de paris, explique au Parisien que "cette contribution est prévue par un accord social. Tout cela été visé par le contrôleur financier et la Cour des comptes, qui n'a rien eu à redire là-dessus". Après vérification du quotidien, un accord social de 2010, signé par la CGT, la CFDT et FO, entérine en effet ce montage. Mais ce à une condition: "l'action de ce salarié mandaté devra être réalisée dans l'intérêt du personnel de l'Opéra national de Paris".

Patrice M., secrétaire général du Synptac (Syndicat national des professionnels du théâtre et des actions culturelles) et régisseur d'un théâtre dans une ville du centre-ouest de la France, raconte qu'il a participé à un "dialogue social". Lequel? Il n'en dira pas plus. Et que si personne à l'Opéra n'a jamais entendu parler de lui, c'est tout simplement "parce que les gens ne sont pas curieux". Aucun mystère donc?

D. L.