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France 24 débarque sur la TNT en Ile-de-France

Le gouvernement a préempté un canal TNT pour diffuser France 24 sur la TNT

Le gouvernement a préempté un canal TNT pour diffuser France 24 sur la TNT - France 24

Les chaînes France 24, RFI et MCD, créées pour être diffusées à l'étranger, veulent étendre leur diffusion terrestre dans l'Hexagone. Mais cette ambition est critiquée par les chaînes privées et une partie des parlementaires.

A compter de ce mardi 23 septembre, les Franciliens peuvent regarder une nouvelle chaîne d'information sur la TNT (télévision numérique terrestre). Il s'agit de France 24 , qui débarque sur le canal 33. Jusqu'à présent, France 24 n'était disponible que par câble, satellite et ADSL.

Précisément, c'est le signal en français qui sera repris sur la TNT. Il n'y aura finalement aucun décrochage avec le signal en arabe, comme cela avait été évoqué initialement.

Cette arrivée s'inscrit dans un plan plus vaste de l'audiovisuel extérieur pour diffuser ses chaînes dans l'Hexagone: la télévision France 24, et les radios RFI (qui émet en français) et MCD (qui émet en arabe). Jusqu'à présent, RFI est uniquement diffusée en FM à Paris.

Justification de l'expansionnisme

La patronne de l'audiovisuel extérieur Marie-Christine Saragosse a fait inscrire dans le budget pluri-annuel le principe de cette expansion en France. Et elle ne cache pas son ambition: "la France est dans nos zones de développement. Il est bon que (nos chaînes) soient davantage présentes sur notre territoire". 

Pour justifier cet expansionnisme, Marie-Christine Saragosse avance plusieurs motifs. D'abord, des valeurs: "nous espérons jouer un rôle utile et citoyen. Il n'y a pas tant que cela de radios laïques en arabe, c'est dommage qu'elle (MCD) ne soit réservée qu'à l'étranger. Et pareil pour les chaînes de télévision en arabe: il n'y en a pas tant que cela qui soient non confessionnelles, il n'y a que France 24 en arabe". 

Ensuite, "nos concitoyens doivent s’ouvrir à l’information mondiale". Enfin, "notre élan à l’étranger suppose une solide reconnaissance de nos antennes à l’intérieur de nos frontières".

Critiques des médias privés

Fin 2013, l'arrivée de France 24 sur la TNT avait été vivement critiquée par BFM TV (propriétaire de ce site web), qui rappelait que la chaîne a "été créé pour véhiculer à l'étranger la vision française de l'actualité, et non pas pour s'adresser aux téléspectateurs résidant en France".

Plus récemment, le syndicat des radios et télévisions indépendantes Sirti a estimé "scandaleux et irresponsable" la possibilité de diffuser dans l'Hexagone RFI et France 24, ce qui "consommera de l'argent public", et "confisquera des fréquences".

Les sénateurs pour...

Quant aux parlementaires, ils sont divisés sur le sujet. Les sénateurs sont plutôt pour une telle extension. Ainsi, Jacques Legendre (UMP) a souligné "l'intérêt de diffuser RFI sur l'ensemble du territoire".

Pour Marie-Christine Blandin (EELV), "le coût de diffusion de RFI et MCD sur tout le territoire serait ridicule, et le bénéfice considérable. Les possibilités techniques existent: certaines fréquences radio ne sont pas utilisées".

Claudine Lepage (PS) abonde: "l'expérimentation de la diffusion de RFI et MCD à Marseille a été encourageante. Il conviendra de réfléchir à son extension. Et la diffusion de France 24 en Ile-de-France est une bonne nouvelle. Le coût est faible -300.000 euros par an-, et les gains commerciaux connexes pourraient le réduire encore. France 24 en arabe connait déjà un certain succès sur le territoire national via la diffusion satellitaire". Pourtant, la même sénatrice estimait deux ans plus tôt qu'une diffusion de France 24 sur la TNT serait "onéreuse et économiquement risquée..."

...mais les députés contre

Mais en face, les députés sont farouchement opposés à cette expansion. En 2012, Didier Mathus (PS) et Christian Kert (UMP) avaient estimé qu'une diffusion sur la TNT de France 24 serait "un contresens stratégique", et demandaient même l'arrêt de sa diffusion sur la TNT en outre-mer.

Fin 2013, Patrick Bloche (PS) jugeait que "ce serait une erreur de chercher à compenser l'absence de chaîne publique d'information en continu par la diffusion de France 24 sur le territoire national".

De même, Stéphane Travert (PS), Frédéric Reiss (UMP) et Pierre Léautey (PS) demandaient à ce que la diffusion TNT de France 24 n'aille pas au-delà de l'Ile-de-France, car cela "présente des risques stratégiques, éditoriaux, politiques et budgétaires importants".

Editorialement, le risque est que "la dimension nationale l'emporte sur la dimension internationale", estimait Pierre Léautey, qui démontait point par point les arguments avancés par France 24: "si l'objectif est d'ouvrir nos concitoyens à l'information internationale, il s'agit du rôle de France Télévisions. Si l'objectif est d'offrir une chaîne d'information en arabe non confessionnelle, France 24 est déjà disponible sur câble satellite et ADSL, et il existe déjà sur notre territoire des radios laïques en langue arabe".

Mais le député admettait: "les conclusions du Sénat sont radicalement opposées aux nôtres..."

Pas de décrochage publicitaire

Le budget pluri-annuel de l'audiovisuel extérieur prévoit que France 24 mette en place un signal spécifique pour la France, avec des spots de pub destinés uniquement aux spectateurs français: "il conviendra d’explorer la possibilité de vendre de l’espace publicitaire dans les offres thématiques nationales. La mise en place d’un décrochage de France 24 sur la France est la condition nécessaire à ce type de commercialisation".

Toutefois, le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) s'est vivement opposé à cela: "la diffusion hertzienne terrestre de France 24 sur le territoire métropolitain ne devrait faire l'objet d'aucun décrochage publicitaire spécifique de nature à porter atteinte à la concurrence et au pluralisme".

Finalement, France 24 indique qu'un décrochage publicitaire pour la diffusion TNT francilienne "n'est pas prévu".

RFI rend sa fréquence à Marseille

Dans un premier temps, Marie-Christine Saragosse avait obtenu une fréquence pour diffuser RFI et MCD à Marseille, mais à titre expérimental. La diffusion a donc dû s'arrêter fin janvier 2014, au grand dam de Marie-Christine Saragosse, qui déclarait deux mois avant: "nous serions désespérés de devoir quitter Marseille. Les élus de la ville, tous bords confondus, se mobilisent à nos côtés pour que nous restions".

Jamal Henni