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Comment France Télévisions et Radio France abusent des intermittents

Les députés Christian Kert (UMP), Jean-Patrick Gille (PS) et Patrick Bloche (PS) lors de la remise du rapport

Les députés Christian Kert (UMP), Jean-Patrick Gille (PS) et Patrick Bloche (PS) lors de la remise du rapport - -

Un rapport parlementaire dénonce l'usage répandu de l'intermittence dans l'audiovisuel public. Il cite des exemples accablants.

Un machiniste ayant enchaîné environ 700 contrats à durée déterminée d’usage depuis huit ans; une maquilleuse signant des contrats à la semaine depuis quatorze ans; un chef monteur ayant cumulé près de 1.000 contrats depuis vingt et un ans...

Hélas, ces cas ne sont pas produits chez un obscur négrier, mais chez France Télévisions. Ils sont cités dans le rapport de la mission d'information sur l'intermittence, publié mercredi 17 avril.

Fin 2012, les chaînes de TV publiques comptaient 18,3% de salariés non permanents, dont la moitié d'intermittents, sur un total de 10.502 équivalents temps plein. Certes, c'est un léger recul par rapport au plus haut atteint en 2011 (19,15%). Mais cela reste mauvais par rapport à 2009 (16,2%).

En réalité, derrière ces chiffres en équivalents temps plein se cachent pas moins de 7.000 personnes différentes employées en CDD, avec un contrat d'une durée moyenne de 3,8 jours...

Pire dans le privé

Selon le rapport, "certaines fonctions sont pourvues par une succession de CDD d’usage [c'est-à-dire en intermittence], qui plus est avec les mêmes salariés, alors qu’ils devraient, en toute logique, être embauchés sous CDI. Les pratiques évoquées placent les salariés dans une situation d’extrême incertitude et les privent, en pratique, de réelle progression de carrière. Or l’audiovisuel public a un devoir d’exemplarité".

Auditionné par la mission, le PDG Rémy Pflimlin a assuré que le privé faisait pire. Par exemple, pour la production d'émissions, France Télévisions emploie 400 permanents et 200 non permanents (toujours en équivalent temps plein). Or chez les concurrents, les non permanents représentent plutôt deux tiers de l'emploi total, selon le PDG.

37 ans en CDD

Chez Radio France, l'intermittence est plus limitée. Elle ne concerne pas les techniciens, mais seulement les producteurs animateurs, les musiciens et les comédiens. Soit au total 5.300 personnes embauchées en CDD d'usage (dont 2.000 musiciens), représentant 10% de la masse salariale. Radio France a ainsi conclu en 2011 pas moins de 39.000 CDD d'usage, durant en grande majorité moins de 4 jours.

Selon le PDG Jean-Luc Hess, la Maison Ronde compterait seulement "150 à 200" producteurs animateurs rémunérés au mois, alors qu'une saison dure 10 mois. Ce qui n'empêche pas les abus. En 2009, un producteur animateur qui avait travaillé pendant 37 ans sans discontinuer a vu la justice requalifier son contrat en CDI...

Jamal Henni