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Notre-Dame-des-Landes: quand les "anti" intimident les entreprises

Les activistes à l'origine des menaces n'ont pas été identifiés. La police évoque "des réseaux peu structurés mais capables de rallier un grand nombre de participants".

Les activistes à l'origine des menaces n'ont pas été identifiés. La police évoque "des réseaux peu structurés mais capables de rallier un grand nombre de participants". - Frank Perry - AFP

Plusieurs entreprises de la région de Nantes, susceptibles de participer à des projets liés au controversé aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sont visées par des courriers de menaces.

"Si nous vous faisons parvenir ce courrier, c'est dans la louable intention de vous mettre en garde des risques encourus par l'entreprise qui décrochera ce marché". En dépit de la formulation prévenante, il s'agit bien d'un courrier de menace. Il est disponible sur internet, et s'adresse à des entreprises de la région de Nantes.

Ces PME sont visées parce qu'elles sont susceptibles de postuler à un appel d'offre public sur un projet lié au controversé aéroport Notre-Dame-des-Landes. En l'occurrence, l'Etat cherche un sous-traitant spécialiste en ingénierie écologique dans le but de préserver l'environnement autour de la future autoroute censée desservir l'aéroport.

Des barrages de 80 vaches et cent personnes

"Nous ne saurions trop vous conseiller de réfléchir à deux fois avant de répondre à cet appel d'offre, l'intégrité de votre entreprise pourrait en être gravement affectée, ainsi que celle de votre assureur", prévient l'auteur du courrier, un certain Alain Michelin, président de l'association "Du Bordel pour l'Ouest".

Les risques encourus? De "multiples interruptions de travail, dégradations, harcèlements téléphoniques", de "graves conséquences économiques". "Chaque local, siège social, où qu'il soit, est une cible potentielle", promet le rédacteur.

En annexe de la lettre, une liste de sabotages déjà menés depuis 2011: "bris et vol de de matériel", "pneus crevés ", serrure "engluées", façade de siège social "taguée", épandage de fumier, ou encore barrage tenus par "une centaine de personnes" et "80 vaches". Les victimes: des PME de l'Ouest français, comme la société de géomètres CPA ou les experts en écologie Biotope et Aquabio, qui se seraient bien passées de voir leur nom cité dans des histoires "politiques".

Du potache qui coûte cher

Ces actions peuvent paraître potaches, mais elles installent un climat d'angoisse chez les PME de la région. Elles acceptent de témoigner, mais à condition que leur anonymat soit préservé, de peur de "voir monter crescendo les menaces et les actes" à leur encontre. Avec un coût: les entreprises visées ont dû mettre la main à la poche pour réparer leurs locaux ou matériel vandalisés, mettre en place de nouvelles normes de sécurité.

Pas question pour autant de se laisser intimider, assurent-elles. Au lieu de renoncer, elles prennent en compte ces risques supplémentaires, quand bien même cela engendre une "perte de temps". Elles étudient les moyens de faire leur travail en passant le moins de temps possible sur le terrain, ou ne sollicitent leurs collaborateurs que sur la base du volontariat.

Quant aux activistes à l'origine de ces menaces, ils n'ont pas été identifiés. La police évoque "des réseaux peu structurés mais capables de rallier un grand nombre de participants".

Une recherche sur internet montre que ni le signataire de la lettre, "Alain Michelin", ni l'association "Bordel à l'Ouest" n'existent réellement. Outre la circonstance aggravante de l'anonymat: ce courrier relève, en cas de plainte ou de saisie de la justice par le procureur, du pénal, explique un avocat parisien. Les peines peuvent aller jusqu'à deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Nina Godart