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Entre la crise et la guerre commerciale, les supply chains tendent à se régionaliser

Le géant taiwanais Foxconn réfléchit à créer une filière américaine depuis le Mexique, en parallèle de sa filière asiatique. Une preuve de plus que les chaînes de valeurs vont se fracturer, souligne l'économiste Patrick Artus sur BFM Business.

Le capitalisme traverse une crise d'ampleur. Et les premiers changements majeurs sont en cours. Pour preuve, Foxconn et Pegatron, deux prestataires majeurs pour les fabricants de smartphones (à commencer par Apple) réfléchissent à se développer au Mexique. En clair, il s'agirait de créer une filière américaine en parallèle de la filière asiatique. Une conséquence évidente de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis qui met à mal la fluidité des échanges commerciaux.

Et la crise n'a fait qu'accentuer ce phénomène. "Ce qui a pris un coup (…) c'est la mobilité internationale" reconnait Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, sur BFM Business. "D'abord la mobilité des personnes (...) et puis celle des biens."

"On va vers des chaînes régionales de valeurs" poursuit l'économiste, soulignant que ce mouvement avait commencé avant la crise, "au début des année 2010".

La France peut-elle en bénéficier ?

Pour quelles raisons ? D'abord, "pour une raison économique" puisque "les chaînes globales sont trop compliquées et trop fragiles" insiste-t-il. "Vous ne pouvez pas dépendre d'un seul sous-traitant dans le monde pour toutes vos productions".

Et puis pour des raison politiques parce que "les Etats veulent produire plus près du consommateur, veulent du contenu local", phénomène accentué depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Conséquence: "il y aura une chaîne de valeurs américaine, une chaîne de valeurs européenne, une chaîne de valeurs asiatiques avec moins d'interconnexions" tranche Patrick Artus.

La France va-t-elle en bénéficier ? Rien n'est moins sûr. "L'idée que des pays à coûts salariaux élevés comme la France vont profiter de cette évolution me parait très optimiste" conclut-il.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business