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Les cadres veulent être volages, mais pas indépendants

"Un tiers des cadres veut désormais butiner d'une entreprise à l'autre. Mais ils ne sont pas prêts pour autant à abandonner le statut de salarié! La transition vers un modèle où tout le monde serait freelance cale chez les salariés qualifiés. "

Aujourd'hui, on le sait, les salariés ne veulent plus dédier leur carrière entière à une seule entreprise. Mais là, le chiffre impressionne: les cadres sont désormais un sur trois à vouloir travailler à la mission. Un tiers d’entre eux veut devenir en quelque sorte mercenaire. C'est-à-dire mener une ou deux batailles, et puis changer d’employeur pour un nouveau combat, selon un sondage Opinionway pour Hire.

Il faut dire que les missions proposées les intéressent de plus en plus. Il y a quelques années, quand l’entreprise voulait des "cadres de transition" - c’est l’expression consacrée-, c’était pour des missions moyennement drôles. Souvent pour mener une restructuration, donc virer des gens, serrer la ceinture du service. Aujourd’hui, selon Robert Half, les projets de courte durée sont stimulants. Il s'agit de relever un challenge digital ou de créer un nouveau produit.

L'indépendance continue de faire peur

Mais pour remplir ces missions, pas question de devenir indépendant. Étonnamment, il y a une énorme proportion de salariés qualifiés qui veut butiner d’un employeur à l’autre. Mais les cadres sont seulement 1 sur 10 à lorgner le statut de "freelance"’. En fait, ils veulent le beurre et l’argent du beurre: ne pas avoir de routine, construire leur carrière comme un puzzle. Mais sans abandonner le statut de salarié. Le CDD et l’intérim, oui, mais l’indépendance, non. Ils veulent conserver la protection de l’entreprise, toucher le chômage à la fin de la mission, et ne pas payer de charges.

Alors on évoque beaucoup ces temps-ci la mort du salariat. L’émergence d’un modèle où chacun vendrait sa force de travail à qui saurait le mieux l'exploiter. Mais cette transition cale un peu chez les cadres. Un phénomène d’autant plus révélateur qu'il concerne des individus qualifiés qui, contrairement aux moins diplômés, ne connaissent quasiment pas le chômage. Donc le statut d'indépendant fait encore peur, même en étant "chassé" plus que "chasseur".

Nina Godart