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Et si vous preniez un congé sabbatique... pour travailler?

"Les six à onze mois pendant lesquels votre contrat de travail est suspendu peuvent être utilisés pour aller travailler ailleurs, même en signant un CDI, à condition de ne pas faire de concurrence déloyale à votre entreprise. "

Le congé sabbatique ne sert pas qu'à réaliser votre vieux rêve de faire le tour du monde. Il peut aussi vous donner l'occasion de travailler, mais ailleurs. Pendant que votre contrat est suspendu, vous pouvez tout à fait en signer un autre ailleurs. Même un CDI, à condition que vous démissionniez de l’un ou l’autre poste dans les bons délais, afin de respecter votre préavis.

Un congé sabbatique laisse entre 6 et 11 mois pour tenter une reconversion, ou voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Avec la sécurité de retrouver votre poste si la tentative se révèle infructueuse, ou un poste équivalent, avec un niveau de salaire au moins égal à ce que vous aviez en partant. 

Attention, vous ne pouvez pas travailler pour un concurrent direct de votre employeur. Vous avez une obligation de “loyauté” envers lui. En somme, il vous est interdit de transférer des fichiers clients, de transmettre les savoir-faire de l'entreprise, ou d'en débaucher des salariés.

L'employeur ne peut pas vous le refuser

Hors ces situations, vous êtes libre comme l’air! Si vous travaillez dans l’automobile, vous pouvez intégrer une start-up de covoiturage. Ou partir donner des cours de Français à l’étranger.

L’avantage par rapport à un congé sans solde par exemple, c’est que votre employeur n’a pas le droit de refuser votre demande de congé sabbatique. À moins que votre entreprise compte moins de 200 salariés. Auquel cas, il ne peut mettre un veto que si d'autres salariés sont déjà absents pour les mêmes raisons, et seulement après avoir consulté les représentants du personnel. Autrement, il ne peut que vous demander de reporter votre départ, de 6 mois maximum.

Légalement, rien ne vous oblige à préciser pourquoi vous voulez une pause. D’ailleurs, lorsque vous souhaitez en profiter pour travailler ailleurs, les experts déconseillent de le dire. D'abord parce que “c’est l’aveu direct que vous n’aimez pas votre job”, explique Gilles Payet, formateur et consultant RH. Et puis, si vous revenez à la fin du congé, vous pouvez le vivre comme un échec, qu'il faudra assumer face à votre chef et vos collègues.

BNP et Novartis favorables au congé sabbatique

D'ailleurs les employeurs ne sont pas forcément hostiles à ce que leurs employés fassent un break. Encore moins si vous le dites avant les trois mois de préavis requis, et si vous proposez des solutions pour votre remplacement.

Mais ils préfèrent évidemment que vous projetiez de réaliser un grand voyage. Certains groupes communiquent même sur leur bienveillance envers ces projets. BNP, Novartis, Credit Suisse, et bien d’autres, y voient un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, qui favorise la productivité. À condition, donc, que ce soit pour réaliser un projet personnel, non une reconversion.

Pour rappel: vous ne pouvez en revanche absolument pas tenter de changer de métier pendant vos congés payés. C’est totalement illégal. Ce serait considéré comme voler le travail d’un chômeur. Si vous êtes pris, vous pourriez devoir verser des indemnités à Pôle emploi.

Nina Godart