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Un “Smic jeune”: bonne ou mauvaise idée?

Le chômage, en France, touche près de 25% des moins de 25 ans.

Le chômage, en France, touche près de 25% des moins de 25 ans. - -

Le débat enfle autour de la proposition de créer un salaire minimum inférieur au Smic, notamment pour aider l’insertion des jeunes peu qualifiés. La mesure ne fait pas non plus l’unanimité parmi les économistes.

C’est un sujet qui cristallise le débat: faut-il créer un Smic spécifique pour les jeunes? Interrogé mardi 15 avril sur ce sujet, le président du Medef, Pierre Gattaz, s’est prononcé en faveur d’un tel dispositif.

Il n’est pas le seul. L’ancien directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, voit lui aussi d’un oeil favorable “des petits boulots” payés en dessous du Smic, notamment pour les jeunes. “Je sais que je ne suis pas en harmonie avec une bonne partie de mes camarades socialistes, mais je pense qu’il faut, à ce niveau de chômage, aller davantage vers de la flexibilité", déclarait-il le 2 avril dans Questions d’infos sur LCP.

Cette mesure a provoqué une levée de bouclier. Manuel Valls, le Premier ministre, a calmé le jeu en assurant, ce mercredi, qu'il n'y aurait pas de remise en cause du Smic, écartant par la même cette option. Du côté des économistes les avis sont partagés.

> Ce qui plaide en faveur de la mesure

Laurent Bigorgne, directeur de l’institut Montaigne, affirme qu' “il y a une nécessité de baisser le coût du travail pour les jeunes les moins qualifiés car, actuellement, il y a très peu de de différence de coût du travail entre une personne non qualifiée et quelqu’un qui a plus d’expérience professionnelle".

Il appelle ainsi à trouver “un deal gagnant-gagnant qui permette de répondre au problème de formation et de rémunération, avec évidemment des contreparties sur l’emploi". "Cela peut-être une forme de CDI jeune. Le sujet doit être d’autant plus abordé que le Smic jeune existe déjà en quelque sorte: c’est l’apprentissage”, précise-t-il.

Laurent Weill est sur la même ligne. Economiste à l'Université de Strasbourg, il rappelle que le chômage des jeunes frôle les 25% en France. "A un problème spécifique il faut répondre par des mesures spécifiques", explique-t-il. Outre le problème de rémunération, il donne un autre argument en faveur de la mesure: "un emploi au Smic jeune plutôt que pas d'emploi peut être un sas vers un emploi mieux payé", avance-t-il. Cet argument est d'autant plus important que "plus une personne active reste en dehors du marché de l'emploi, plus il est difficile pour elle d'y rentrer".

De son côté, Guillaume Menuet, économiste chez Citigroup, rappelle que "l'expérience a déjà été tentée au Royaume-Uni et en Allemagne, ce qui a permis aux jeunes de mettre le pied à l'étrier. Si cela a fonctionné ailleurs, il n'y a pas de raison que cela ne marche pas chez nous".

> Ce qui plaide en défaveur du Smic jeunes

Jean-François Ouvrard, directeur des études économiques du Coe-Rexecode, estime que créer un Smic réservé aux jeunes “paraît être une mauvaise réponse à un véritable problème” qui est “le problème du coût du travail”. “Pour les jeunes, la réponse adaptée est de faciliter l’accès au marché du travail, et de s’attaquer aux rigidités [de ce marché]”.

Il explique ainsi que ce marché est divisé entre “des gens qui bénéficient d’un contrat de travail très protecteur, qui est le CDI” et des contrats "à la marge" comme le CDD. Selon lui, il convient globalement de baisser le Smic, et de ne pas réserver cette mesure à une seule catégorie d'âge.

De son côté, Christopher Dembik, analyste financier chez Saxo Banque, juge que la mesure ne résoudra en rien “les problèmes d’insertion sur le marché du travail de la jeunesse". "Au contraire, ce système devrait encore plus accentuer la précarisation de cette population et confirmer son rôle de véritable variable d’ajustement pour les employeurs”, assure-t-il.

Par ailleurs, Laurent Weill, bien que plutôt favorable à un Smic jeune, explique que la mesure peut créer "un effet d'aubaine". "Elle n"aurait alors aucune conséquence sur l'emploi et aboutirait simplement à baisser les salaires", développe-t-il. Il préconise l'expérimentation, dans des départements cibles, pour se rendre compte de l'existence ou non de cet effet.

En parallèle, "le Smic jeune peut être une solution, mais pas forcément la meilleure", indique-t-il, citant l'apprentissage comme autre solution. Il rappelle que l'Allemagne, pays où le chômage des jeunes est l'un des plus bas en Europe, a développé cette voie.

Julien Marion