BFM Eco

Comment les pêcheurs professionnels veulent séduire les jeunes

Les pêcheurs ne passent pas beaucoup plus de 200 à 220 jours en mer dans l'année, ce qui leur laisse près de 150 jours à terre.

Les pêcheurs ne passent pas beaucoup plus de 200 à 220 jours en mer dans l'année, ce qui leur laisse près de 150 jours à terre. - Charly Triballeau- AFP

Plus d'un millier patrons de pêche devraient quitter le métier dans les cinq ans à venir, mais les jeunes de ne bousculent pas pour prendre la relève. Pour trouver la main d'œuvre nécessaire, le secteur a mis en place des formations attractives et lance une campagne de promotion.

Les métiers de la pêche font rarement rêver les jeunes. Pierre Rousselot, 16 ans, est une exception: "Depuis tout petit j'adore la pêche, j'ai plusieurs oncles marins pêcheurs, ça m'a donné envie de faire ce métier", raconte celui qui a intégré l'école des pêches des Sables d'Olonne et de l'île d'Yeu en septembre pour préparer un CAP "matelot". Dans la salle de classe qui surplombe le port de plaisance, il est pourtant le seul élève attablé, son unique camarade ayant rapidement abandonné après la rentrée. Sur neuf élèves en formation, seulement trois ont passé leur diplôme en juin dernier, après deux ans d'apprentissage.

"C'est un peu compliqué, il faut vite prendre le pli, mais ça me plaît", lance cet apprenti dont le bateau ne passe jamais plus d'un jour en mer. Mais d'autres matelots doivent accepter de rester confinés à bord de leur chalut pendant 40 jours. Et face à ces conditions de travail atypiques et difficiles surtout en période hivernale, certains jettent l'éponge.

Ils abandonnent "parce qu'ils se sont trompés de voie ou que c'est compliqué pour eux d'être loin de leurs familles et de leurs amis lorsqu'ils passent plusieurs jours en mer", explique Jacky Couthouis, le directeur de l'école, précisant que "certains sont malades dès le début" ou "ne s'entendent pas avec l'équipage et n'ont pas la motivation de chercher un nouveau patron".

Des salaires qui dépassent souvent deux fois le smic

Les conditions de travail ont pourtant évolué. "Les pêcheurs ne passent pas beaucoup plus de 200 à 220 jours en mer dans l'année", ce qui leur laisse près de 150 jours à terre, précise Jacky Couthouis. La flotte vieillissante est progressivement remplacée par des bateaux plus modernes, confortables et sécurisés. Et le salaire, très attractif, dépasse souvent deux fois le Smic, selon l'établissement.

Ces gages ne suffisent pas à redorer l'image d'une filière abîmée par la crise du gazole, selon le directeur. "Jusque dans les années 80-90, il y avait du monde dans les écoles mais avec la crise les effectifs ont commencé à chuter. Aujourd'hui, on paye les pots cassés", déplore-t-il.

Des formations aussi pour les adultes

Pour susciter des vocations, cette école des pêches ouvre ses portes, communique sur les mesures de sécurité inculquées aux marins, propose avec Pôle emploi une formation rémunérée avant l'embauche et a instauré des formations courtes pour adultes. "Ça m'a toujours attiré, ce n'est pas un travail salarié et j'ai de la famille qui a un bateau en Bretagne", confie Allan Copy, trentenaire et ancien pompier en région parisienne, qui passe actuellement son certificat "matelot pont".

"Sur les cinq prochaines années, on a besoin d'environ 1.500 à 2.000 marins, du matelot au patron de pêche", d'autant que de nombreux chefs d'entreprises vont également partir à la retraite, souligne le comité national des pêches.

Plus de 1.000 patrons de pêche devraient ainsi quitter le métier dans les cinq ans qui viennent, selon cette source qui a recensé en 2017 quelque 15.000 marins pêcheurs équivalent temps plein et environ 5.000 chefs d'entreprise à la pêche.

Attirer aussi ceux qui sont loin du littoral

De son côté, le comité national des pêches a lancé en mars une campagne de promotion qui s'intitule "Lignes d'horizon", présentée sous forme d'un documentaire en trois séquences, accessible sur un site internet dédié. "L'idée principale, c'est de s'adresser aux jeunes et à leurs familles, pas forcément issus du littoral, et de leur expliquer que le métier de marin-pêcheur, il ne faut pas forcément être né dedans, mais que c'est ouvert à tout le monde", précise le comité.

Encore trop récente pour voir si elle porte ces fruits, cette campagne sert surtout de support de présentation aux professionnels dans les forums d'emploi, comme celui qui sera installé dans la prochaine exposition "La Mer XXL", du 29 juin au 10 juillet à Nantes. Transport maritime, pêche, construction navale, énergies renouvelables, aquaculture... L'événement dédié aux océans consacrera une large place aux différentes facettes de ces métiers qui recrutent.

C.C. avec AFP