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Trois changements pour l'Europe

Parlement de Strasbourg.

Parlement de Strasbourg. - -

Ce 1er janvier connaît trois événements marquants en Europe. Nouveau membre pour la zone euro, changement de statut pour deux pays et de présidence tournante.

La Lettonie rejoint la zone euro et en devient le 18e membre. La Roumanie et la Bulgarie sortent de la période de transition sur la liberté de circulation des travailleurs. Enfin, la présidence tournante passe de la Lituanie à la Grèce, pays dont on a envisagé il y a trois ans la sortie de la zone euro et dans la foulée, de l’Union européenne.

Chacun de ces événements est marquant. Commençons par la Lettonie. Qu'est-ce que cela implique comme changement majeur ?

Sur le plan économique, pas grand-chose de très nouveau. La Lettonie est un petit pays (2 millions d’habitants) dont la monnaie est déjà calée sur l’euro. Lors de la crise de 2008/2009, l’activité économique s’est contractée de 25%. Plusieurs experts ont alors conseillé à la Lettonie de dévaluer le lats, sa monnaie, par rapport à l’euro. Elle a préféré garder un change fixe par rapport à l’euro, mener une politique de déflation et réduire ses dépenses publiques. Si bien que sa monnaie est d’ores et déjà considérée comme de l’euro et ses indicateurs économiques sont désormais parmi les plus performants de la zone euro (la dette publique n’est que de 40% du PIB et le budget est quasiment à l’équilibre).
Ce qui est important, c’est le symbole. La Lettonie est le deuxième pays balte et le quatrième pays ex-communiste à adopter la monnaie commune après la Slovénie en 2007, la Slovaquie en 2009 et l’Estonie en 2011. Malgré les critiques et les discours des partis qui veulent sortir de l’euro, notamment en France, il y a des pays qui veulent rejoindre la zone euro et considèrent que les disciplines qu’elle impose sont salutaires.

Qu'en est-il de la Roumanie et de la Bulgarie ?

Ce 1er janvier 2014, les Roumains et Bulgares pourront travailler librement dans toute l’UE, sans demander de carte de séjour ou d’autorisation de travail. Huit pays avaient adopté des restrictions en 2007, au moment de l’adhésion de ces deux pays à l’UE.
Les Croates qui viennent d’adhérer sont soumis à des mesures temporaires restrictives de la même nature jusqu’en 2020. Il ne faut pas confondre cette liberté de travail avec l’espace Schengen qui permet la libre circulation des citoyens européens, sans passeport et contrôle aux frontières. N’en font pas partie non seulement la Bulgarie et la Roumanie mais également Chypre, la Croatie, l’Irlande et le Royaume-Uni. Aujourd’hui, 14 millions d’Européens résident dans un pays de l’Union dont ils n’ont pas la nationalité. 3 millions sont des étudiants. Ce qui signifie que les mouvements de population liés au travail sont peu nombreux. D’ailleurs, les Roumains et les Bulgares se sont déjà beaucoup expatriés malgré les restrictions, et 2014 ne devrait guère changer la situation. Les travailleurs européens sont limités dans leurs déplacements plus par la langue que par les lois et surtout ils vont là où il y a du travail. Le pays de l’Union européenne qui perd le plus de population active en ce moment c’est la Grèce ; or les Grecs s’exilent en Australie et aux Etats-Unis plus qu’en Europe parce que c’est là qu’est le dynamisme économique.

La Grèce justement devient présidente de l'Union. Est-elle toujours l'homme malade de l'Europe ?

Nous sommes dans la phase de convalescence. 2014 devrait voir un retour de la croissance (+0,6%). Mais le revenu global du pays est passé de 260 milliards d'euros en 2008 à 190 milliards en 2013 et le taux de chômage est de 26%. D’autres solutions étaient possibles, notamment en donnant plus de temps à la Grèce, mais ses partenaires ont considéré que les Grecs avaient trop tiré sur la corde.
Signalons qu’en même qu’entre le FMI et les aides européennes, la Grèce recevra au total 240 milliards d'euros. En fait, les Grecs ont fait les frais d’abord de leur mauvaise gestion et ensuite de leur faible poids politique. La France ne fait guère d’effort pour redresser ses comptes, mais on continue à lui parler poliment. Cela donne en Europe un sentiment de "deux poids, deux mesures" et les Grecs ont l’intention de jouer de leur présidence et de leur mieux relatif pour le faire savoir.

Jean-Marc Daniel