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Le premier traité international contre le harcèlement au travail a été adopté

Dans le sillage du mouvement #MeToo, la lutte contre les violences sexuelles est devenue un enjeu pour les pouvoirs publics. - Bertrand GUAY / AFP

Dans le sillage du mouvement #MeToo, la lutte contre les violences sexuelles est devenue un enjeu pour les pouvoirs publics. - Bertrand GUAY / AFP - -

Pressés par le mouvement #MeToo, les membres de l'Organisation internationale du travail ont accéléré leurs travaux et ont adopté vendredi une convention contre la violence et le harcèlement au travail. Son champ d'application dépasse les murs de l'entreprise.

C'est une première historique. Un traité international sur la violence et le harcèlement au travail a été adopté vendredi par une majorité écrasante parmi les membres de l'Organisation internationale du travail (OIT). Cette agence de l'ONU, qui vient de fêter son centenaire, regroupe gouvernements, syndicats et employeurs de 187 États.

L'ambassadeur de France auprès des Nations unies, François Rivasseau, a salué pour sa part ce "vrai succès pour la France". "Nous sommes fiers de cette convention que la France a défendue", a-t-il dit à des journalistes.

L'adoption de la convention est le résultat d'un long processus lancé en 2015 par l'OIT, mais "l'élan et l'importance du processus ont été accentués par la campagne #MeToo", a expliqué aux médias le directeur général de l'OIT, Guy Ryder.

Ce mouvement est né en 2017 à la suite de la chute de l'ex-producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, accusé d'abus sexuels allant du harcèlement au viol par plus de 80 femmes, dont des stars comme Angelina Jolie ou Ashley Judd.

Absence de référence aux LGBTI

La convention s'applique à la violence et au harcèlement en lien avec le monde du travail, y compris dans les espaces publics et les espaces privés lorsqu'ils servent de lieu de travail, mais aussi pendant les trajets entre le domicile et le lieu de travail, ainsi que dans les communications électroniques.

Elle reconnaît par ailleurs que la violence et le harcèlement "touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles". Elle relève que d'"autres personnes appartenant à un ou plusieurs groupes vulnérables" sont également plus touchées, mais sans toutefois préciser lesquelles.

Alana Matheson, représentant les employeurs au sein de la commission ayant élaboré la convention, a souligné que le groupe était "déçu" par cette absence de référence aux LGBTI. Mais cette proposition n'était pas du goût de certains pays africains, selon une source proche des négociations.

Sensibilisation et sanctions

Il faut que deux pays ratifient la convention pour qu'elle entre en vigueur. Le texte ne lie que les pays qui vont la ratifier. Ceux qui le feront devront adopter des politiques de sensibilisation et une législation visant à "interdire" la violence et le harcèlement dans le monde du travail, établir des mécanismes de contrôle et des sanctions.

La législation doit également garantir que tout travailleur a le droit de se retirer d'une situation dont il a des motifs raisonnables de penser qu'elle présente "un danger imminent et grave pour sa vie, sa santé ou sa sécurité, en raison de violence et de harcèlement, sans subir de représailles".

Jean-Christophe Catalon avec AFP