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De 1986 à 1988, Jacques Chirac se convertit au libéralisme économique

Devenu Premier ministre en 1986, Jacques Chirac a décidé d'un programme de privatisation organisées et gérées par Édouard Balladur, seul ministre d'État du gouvernement et titulaire des portefeuilles de l'Économie et des Finance.

Devenu Premier ministre en 1986, Jacques Chirac a décidé d'un programme de privatisation organisées et gérées par Édouard Balladur, seul ministre d'État du gouvernement et titulaire des portefeuilles de l'Économie et des Finance. - Michel Clément-AFP

Devenu Premier ministre en 1986, le gouvernement qu'il dirigea a appliqué une politique économique libérale avec une vague sans précédent de privatisations d’entreprises publiques. Il supprima aussi l’autorisation préalable au licenciement économique, l’impôt sur les grandes fortunes et instaura la libre fixation des prix pour les entreprises.

Quand Jacques Chirac accède au pouvoir en 1986, la "révolution conservatrice et libérale" règne outre-Atlantique et outre-Manche. À l'orée des années 1980, Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont conquis le pouvoir respectivement au Royaume-Uni et aux États-Unis avec un programme ultra-libéral sur le plan économique, appliqué ensuite méthodiquement.

Devenu Premier ministre en 1986, Jacques Chirac compose un gouvernement de cohabitation (avec François Mitterrand). Partisan d'un gaullisme interventionniste et social, le président du RPR de l'époque s'entoure d'hommes politiques férus de libéralisme. Édouard Balladur, Alain Madelin et Gérard Longuet l'ont convaincu de tourner le dos au gaullisme social et d'appliquer à son tour une politique "libérant" l'économie française de l'emprise de l'État.

Des privatisations orchestrées par Édouard Balladur

Le programme qui a permis à Jacques Chirac et sa majorité de droite (RPR, Parti Républicain) de remporter les élections législatives de mars 1986 comportait une vague sans précédent, en France, de privatisations d'entreprises publiques. De 1986 à 1988, elles ont été orchestrées par Édouard Balladur, seul ministre d'État du gouvernement, en charge de l'Économie et des Finances. Certaines entreprises privatisées avaient été nationalisées à la fin de la Seconde Guerre mondiale (Société générale, Matra, Havas). D'autres l'avaient été par les socialistes après 1981 (Paribas, CCF, CGE, Saint-Gobain).

Enfin, ce programme prévoyait la privatisation de l'une des trois chaînes de télévision publiques de l'époque, TF1. Le groupe Bouygues rachètera 50% du capital mis en vente pour 3 milliards de francs de l'époque (environ 768 millions d'euros, compte tenu de l'inflation), l'emportant au nez et à la barbe du groupe Hachette de Jean-Luc Lagardère, pourtant réputé favori.

Licenciement économique: plus d'autorisation préalable

Ces privatisations ont permis à l'État de vendre pour un montant oscillant, selon les sources, entre 70,5 et 100 milliards de francs (valeur 1999, selon l’édition 2001 de L’État de la France - La Découverte), soit de 18 à 26 milliards d'euros (en tenant compte de l'inflation).

Ce fut aussi le gouvernement de Jacques Chirac (de 1986 à 1988) qui supprima l'autorisation administrative et préalable (par l'inspection du travail) pour les licenciements économiques et l'impôt sur les grandes fortunes. Celui-ci fut rétabli dès 1989 par le gouvernement socialiste de Michel Rocard.

La libre fixation des prix instaurée par une ordonnance

Jacques Chirac a fait aussi voter une ordonnance en décembre 1986 qui instaura la libération totale de fixation des prix pour les professionnels et les entreprises, prix qui étaient soumis à un contrôle depuis 1945. Désormais, les prix en France devaient être "librement déterminés par le jeu de la concurrence", sous la surveillance du Conseil de la concurrence créé par la même ordonnance.

Cette réforme libérant les prix marqua une rupture dans l'histoire économique de la France. Mais elle a toutefois été largement amendée par des différentes lois ultérieures, en raison notamment des pratiques commerciales discutables de la grande distribution vis-à-vis de ses fournisseurs.

Non seulement, depuis 1986, la pression des centrales d'achats ne s'est pas relâchée et les marges arrière n'ont pas disparu, mais les prix, s'ils ont moins augmenté à la suite de cette réforme, n'ont pas baissé en France sur la longue période. Cette tendance a conforté l'impression, accentuée depuis l'arrivée de l'euro, qu'en France, la plupart des produits de grande consommation sont en moyenne plus chers que dans des pays européens comparables comme l'Allemagne ou l'Espagne.

Frédéric Bergé