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Si la France gagne la Coupe du monde, quel sera l'impact sur l'économie?

VIDEO - Différentes études montrent que les pays vainqueurs bénéficient d'un bonus de croissance économique l'année de leur victoire.

La FIFA a-t-elle une influence sur le FMI? En d'autres termes, la Coupe du Monde de football peut-elle doper l'économie d'une nation? Pour le pays organisateur, il semble qu'il y ait effectivement une corrélation. Mais elle n'est pas positive. Une étude de 2010 de Bank of America-Merrill Lynch démontrait qu'entre 1954 et 2006, les années de Coupe du monde n'étaient pas particulièrement faste économiquement pour les pays organisateurs. En moyenne, leur PIB augmente de 2,3% ces années-là contre 3,1% sur l'ensemble de la période.

Difficile d'y voir un lien de cause à effet direct tant la conjoncture joue un rôle fondamental. L'Allemagne de 1974 avait connu une faible croissance de 0,9% du fait du choc pétrolier, l'Italie de 1990 commençait à ressentir les effets de la récession (+1,9%) après quatre années de forte croissance.

Des bénéfices souvent surévalués pour les pays hôtes

D'abord parce que l'organisation d'une Coupe du Monde est coûteuse -la Russie y a consacré 10 milliards d'euros- ce qui peut se traduire par une hausse de l'endettement ou des impôts supplémentaires pour rembourser l'effort financier consenti. Et les bénéfices sont souvent surévalués notamment en matière touristique. Car si une compétition sportive de cette ampleur attire des supporteurs sur la période, elle a tendance à faire fuir les autres.

Mais quid du pays vainqueur? La France n'organise pas cette fois-ci l'événement mais elle fait partie des équipes favorites pour le titre. Emmanuel Macron qui la semaine dernière poussait les Bleus à gagner la compétition pourra-t-il bénéficier d'un coup de pouce sur la croissance le cas échéant? Difficile, là encore, de l'affirmer avec certitude mais une étude de 2006 de la banque ABN Amro et basée sur des données empiriques semble aller dans le sens d'une influence positive sur la croissance.

"Les effets au niveau macroéconomique et sur les marchés financiers ne sont pas importants au point de changer une récession en un boom, préviennent les analystes dans cette étude baptisée Soccernomics. Mais ils ne devraient pas être sous-estimée. 

Un bonus de croissance de 0,7% pour le vainqueur

La croissance économique des pays champions du monde a tendance à devancer celle de des pays finalistes perdant." En moyenne, sur l'ensemble des Coupes du monde tenues depuis 1970, les pays vainqueurs ont bénéficié d'un bonus de croissance de 0,7% par rapport aux années précédents l'événement. Les finalistes malheureux ont eu eux un malus de 0,3%.

Mais peut-on parler de corrélation ou de heureux hasard statistique? Si on resserre les données sur la croissance trimestrielle, il semblerait effectivement y avoir un lien. La France victorieuse de 1998 avait enregistré une croissance exceptionnelle de 6% durant le trimestre qui a suivi la victoire. La consommation des ménages avait alors progressé de 2,6% au troisième trimestre, après 0,7 % au trimestre précédent, selon les données de la Banque de France. L'investissement des entreprises avait également été particulièrement dynamique (+ 6,6%).

L'Italie qui avait elle remporté la Coupe du Monde 2006 au bénéfice de la France avait vu sa croissance repartir cette année-là. "L'économie de l'Italie est sortie de sa léthargie en 2006", titrait alors l'institut Coe-Rexecode dans une étude. Le pays enregistrait près de 2% de croissance cette année-là contre 0,5% un an plus tôt. Bref si l'on en croit ces statistiques, une victoire de la bande à Griezmann le 15 juillet prochain pourrait potentiellement faire grimper le PIB de 2,6% cette année (1,9% en 2017 + 0,7 point). La prévision du FMI pour la France est actuellement de 2,1%.

Des ventes de produits et de la psychologie

Mais pourquoi une victoire en Coupe du Monde aurait une telle influence sur l'économie d'un pays? Il y a d'abord un effet de sur-consommation des ménages. Dans le secteur du jouet, la sur-vente de jeux, de cartes et d'album Panini bondissent de 10 à 14 millions d'euros selon NPD lorsque la France va loin dans la compétition. Idem pour la fréquentation des pubs, bars et brasseries qui avait bondi de 20% en juin 2016 lorsque la France avait atteint la finale de son Euro. Ou la vente de produits alimentaires de type boissons sans alcool, bières, glaces ou produits apéritifs, les quatre produits de grande consommation qui voient leurs ventes réellement augmenter (30% pour les bières) dans ces périodes de Coupe du Monde. 

Mais évidemment, ce n'est pas ce surplus de consommation relativement fugace qui peut avoir un impact significatif sur le PIB. L'effet de la victoire d'une Coupe du Monde sur un peuple est avant tout psychologique et donc difficilement quantifiable a priori. "Les effets économiques des performances sur le terrain sont en fin de compte des facteur de bien-être, expliquent les auteurs de l'étude ABN Amro. 

Le titre de champion du monde ferait briller la marque France

Les consommateurs plus heureux sont plus enclins à dépenser plus et cela peut être stimulés par une victoire en Coupe du Monde." Une victoire peut aussi avoir une dynamique positive pour les entreprises et donc l'investissement. "Un pays qui attire l'attention cela facilite l'établissement de relations commerciales et d'investissement avec d'autres pays. Après tout, les relations économiques commencent par le contact entre de vraies personnes, et le football peut bien aider à faciliter de tels contacts", explique l'étude.

En d'autres terme, un titre de champion du monde ferait briller la marque France. "Une compétition réussie est une compétition gagnée", assurait Emmanuel Macron au Onze tricolore la semaine dernière. Un encouragement finalement pas si désintéressé pour le président français.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco