BFM Business

Le système politique allemand "est en train de vaciller"

Invité sur BFM Business, Thierry de Montbrial, président fondateur de l'Institut français des relations internationales (IFRI), estime que la situation politique outre-Rhin s'aggrave.

L'Allemagne fait face depuis quelques jours à une crise politique d'envergure marquée par la décision de la dauphine désignée d'Angela Merkel (Annegret Kramp-Karrenbauer, patronne de la CDU) de renoncer à lui succéder. L'actuelle chancelière voit ainsi ses choix politiques remis en cause par l'aile la plus droitière de son parti. 

Cette dernière lui reproche sa politique migratoire qui lui a fait perdre des voix dans les dernières élections au profit du premier parti de l'extrême droite allemande, l'AdD. Et dans le Land de Thuringe, la branche locale de la CDU (l'Union chrétienne-démocrate) n'a pas hésité à jouer avec le feu en associant ses suffrages à ceux de l'AfD. Dans ce Land de l'ex-RDA, un élu libéral (FDP) du Parlement régional s'est en effet fait récemment élire à la tête de l'exécutif avec les voix de l'extrême droite (AFD) et des élus de la CDU, provoquant un scandale national qui l'a obligé à démissionner au bout d'une journée. Pour Thierry de Montbrial, invité ce mardi dans "12H L'Heure H" sur BFM Business, la situation en Allemagne se révèle donc "grave, et même très grave".

>>> Téléchargez l’application BFM Business pour ne rien rater de l’actualité économique et financière

"Il y a un côté qui ressemble un peu à la situation française qu'on connaît depuis longtemps, c'est-à-dire l'effondrement de la politique traditionnelle, la dispersion des partis, la CDU qui est de plus en plus éclatée, le SPD (le Parti social-démocrate d'Allemagne, NDLR) aussi. Donc la montée de nouveaux partis, les Verts, le Linke (parti de la gauche radicale, NDLR), etc. Et l'AFD ('Alternative für Deutschland', un parti d'extrême droite, NDLR). Alors ça déjà c'est inquiétant parce que ça veut dire que tout le système sur lequel la politique allemande est bâti depuis l'après-guerre est en train de vaciller", explique le président fondateur de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

"Mais ce qui est très grave effectivement c'est qu'une partie de la CDU (…) est tentée par l'extrême droite. (…) Et ce qui est peut-être encore plus grave, c'est de se rappeler que la Thuringe, c'est là qu'est monté le nazisme, les nazis (…) ont fait leur entrée au pouvoir", poursuit Thierry de Montbrial.

Quel avenir pour la CDU?

"Compte tenu de l'état de division de la CDU, il n'est pas du tout évident que le successeur arrivera à ressouder les morceaux. Ce n'est pas clair du tout", assure-t-il, alors que Annegret Kramp-Karrenbauer a renoncé à succéder à Angela Merkel. Au point d'émettre un doute quant à la possibilité pour la chancelière allemande d'aller jusqu'au bout de son mandat.

"Je pense qu'elle a peut-être raté sa sortie. Elle aurait peut-être mieux fait d'arrêter avant (…). Si elle est intervenue très fortement pour que le Premier ministre de Thuringe démissionne, c'est parce que le SPD menaçait de sortir de la coalition. Donc de nouveaux incidents de ce genre peuvent se reproduire", conclut-il.

J.C-H