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La France défendra l'industrie nucléaire au sommet de Washington

La centrale nucléaire de Fessenheim, près de Colmar. La France assure partager le souhait des Etats-Unis de prévenir le risque du terrorisme nucléaire, objet d'un sommet lundi et mardi à Washington, mais entend également défendre son industrie de l'atome.

La centrale nucléaire de Fessenheim, près de Colmar. La France assure partager le souhait des Etats-Unis de prévenir le risque du terrorisme nucléaire, objet d'un sommet lundi et mardi à Washington, mais entend également défendre son industrie de l'atome. - -

par Emmanuel Jarry PARIS - La France assure partager le souhait des Etats-Unis de prévenir le risque du terrorisme nucléaire, objet d'un sommet...

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La France assure partager le souhait des Etats-Unis de prévenir le risque du terrorisme nucléaire, objet d'un sommet lundi et mardi à Washington, mais entend également défendre son industrie de l'atome.

Le président Nicolas Sarkozy, pour qui ce sera le deuxième voyage à Washington en 15 jours, est l'un des 38 chefs d'Etat et de gouvernement attendus à ce premier sommet sur la prévention du terrorisme nucléaire, auquel participent 47 Etats.

Selon son entourage, il y défendra notamment le retraitement et le recyclage des combustibles fissiles, activité contestée, en particulier par les anti-nucléaires, mais dans laquelle la France et le Japon sont en pointe.

"Le président pourra expliquer en quoi c'est une façon de lutter contre le terrorisme nucléaire", précise l'Elysée.

Barack Obama, qui a pris l'initiative de ce sommet, en attend un soutien international à un plan de sécurisation en quatre ans de tous les stocks d'uranium hautement enrichi et de plutonium sous toutes leurs formes dans le monde, afin qu'ils ne tombent pas en de mauvaises mains.

"Nous savons que des groupes terroristes, y compris Al Qaïda, sont à la recherche de matériaux pour fabriquer une arme atomique", déclarait vendredi à des journalistes un des conseillers de la Maison Blanche, Ben Rhodes.

Pour Barack Obama, le terrorisme nucléaire constitue la menace internationale la plus immédiate et la plus dangereuse.

Une analyse que ne partagent cependant pas nécessairement tous les pays émergents ou en développement, pour lesquels c'est avant tout une préoccupation de pays riches.

ARRIÈRES-PENSÉES

Selon l'Elysée, la France, puissance nucléaire militaire et civile, qui produit 80% de son électricité avec l'atome, estime en revanche que cette menace concerne tous les pays, y compris ceux du sud, plus touchés par le terrorisme que ceux du nord.

Cette position, de la part d'un gouvernement qui s'efforce de vendre la technologie nucléaire française un peu partout dans le monde, ne semble toutefois pas dénuée d'arrières-pensées.

"Nous applaudissons l'initiative du président Obama", fait valoir un proche de Nicolas Sarkozy. "La sécurité nucléaire est d'une importance essentielle et elle l'est d'autant plus pour les pays qui ont une industrie nucléaire civile importante."

Un acte terroriste nucléaire serait "une catastrophe" pour cette industrie, ajoute le même conseiller, pour qui il ne faut pas pour autant "tomber dans la diabolisation du nucléaire".

Selon la présidence française, "tout risque de malentendu sur ce point" a été enlevé du projet de déclaration finale.

La France souhaite que soit réaffirmé le droit à l'usage du nucléaire civil, notamment pour produire de l'électricité.

Elle demande que les normes internationales de sécurité ne faussent pas une concurrence de plus en plus sévère dans ce secteur, comme l'a montré l'appel d'offre récemment gagné par la Corée du Sud aux dépens de l'industrie française à Abou Dhabi.

"Il faut faire très attention à ne pas fixer des normes qui joueraient en faveur de tel ou tel procédé au détriment de tel ou tel autre", souligne un conseiller de Nicolas Sarkozy.

"NE PAS JETER LE BÉBÉ AVEC L'EAU DU BAIN"

La délégation française s'est aussi fixée pour objectif de promouvoir le "cycle nucléaire fermé", dont la France est un des champions grâce à son usine de retraitement et de recyclage des déchets nucléaires de la Hague, sur la côte de la Manche.

"Il y a un bon usage pacifique et industriel de l'uranium hautement enrichi et du plutonium et donc, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain", explique l'Elysée. "Au contraire, le recyclage est la meilleure façon, selon nous, d'éliminer des matières dangereuses et d'une façon définitive."

En France, le plutonium extrait des combustibles usés est mélangé à de l'uranium appauvri pour fabriquer du MOX utilisable dans 22 des 58 réacteurs d'EDF. L'uranium usé peut aussi être de nouveau enrichi et recyclé comme combustible.

La France veut par ailleurs éviter "toute confusion entre la sécurité nucléaire et le désarmement nucléaire", pour lequel elle s'estime "hors concours" après des réductions unilatérales de son arsenal ces dernières années.

La question du désarmement sera traitée début mai, également aux Etats-Unis, lors de la conférence quinquennale de révision du traité de non prolifération nucléaire (TNP), souligne Paris.

La France souhaite en revanche évoquer "avec tous les interlocuteurs concernés" la crise de prolifération nucléaire iranienne, qui n'est pas officiellement à l'ordre du jour mais sera "l'éléphant dans le placard", au moment où des discussions sont en cours sur de nouvelles sanctions, dit-on à l'Elysée.

Edité par Gérard Bon