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Guéant ménage Pasqua sur l'affaire du casino d'Annemasse

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par Clément Dossin PARIS - Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a ménagé Charles Pasqua au second jour du procès de l'ancien ministre...

par Clément Dossin

PARIS (Reuters) - Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a ménagé Charles Pasqua au second jour du procès de l'ancien ministre de l'Intérieur pour plusieurs affaires de corruption présumée.

La Cour de justice de la République s'est penchée mardi sur l'affaire du casino d'Annemasse, dont Charles Pasqua est soupçonné d'avoir autorisé l'exploitation en 1994 en échange d'un financement électoral de 1,14 million d'euros remis à son parti, le Rassemblement du peuple français (RPF), pour la campagne des européennes de 1999.

L'ex-ministre avait donné son feu vert à un ami corse, Robert Feliciaggi, assassiné en 2006 dans un crime non élucidé, et à son associé Michel Tomi alors même que la Commission supérieure des jeux avait émis plusieurs avis défavorables.

Claude Guéant a été entendu en qualité d'ancien directeur de cabinet adjoint de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur. Il a estimé que la procédure d'agrément accordé au casino s'était déroulée tout à fait normalement.

Il n'a rien dit qui aurait pu mettre en difficulté Charles Pasqua dans cette affaire où il était lui-même intervenu, demandant par écrit au directeur des libertés publiques d'alors, Jean-Marc Sauvé, de "bien vouloir accélérer la constitution et l'examen" du dossier.

L'actuel secrétaire général de l'Elysée a reconnu avoir demandé "une instruction rapide" de ce dossier sans que cela ne résulte, selon lui, d'une insistance particulière de Charles Pasqua.

"Le ministre m'a fait connaître ses instructions sur ce dossier comme il le faisait pour d'autres", a résumé Claude Guéant, dont l'audition n'aura pas duré plus d'un quart d'heure.

"L'AMITIÉ N'A RIEN À VOIR AVEC L'ARGENT"

Tout juste a-t-il admis, interrogé sur la part de secret de Charles Pasqua que, "au sommet de l'Etat, il y a des choses qui se partagent et d'autres qui ne se partagent pas, ce qui compte c'est que les bonnes décisions soient prises".

Il a dit par ailleurs ne pas avoir "d'éléments objectifs" lui permettant de penser que l'autorisation d'exploitation du casino d'Annemasse aurait permis au ministre de faciliter sa politique en Corse, au motif que Robert Feliciaggi et son associé Michel Tomi étaient des sources de renseignement utiles sur la situation dans l'île.

Prenant la parole en fin de matinée, Charles Pasqua a de nouveau défendu sa probité, disant travailler "selon des principes parmi lesquels l'argent ne figure pas".

"Et l'amitié ?", lui a demandé le président. "L'amitié n'a rien à voir avec l'argent", a rétorqué le sénateur. "Ce qui m'a guidé, c'est l'intérêt général, ce n'est pas autre chose, que ce soit dans les casinos ou les autres affaires."

Charles Pasqua, qui a évoqué une procédure "classique" concernant Annemasse, a toutefois admis que s'il avait su que Michel Tomi était associé au projet du casino, il n'aurait pas accordé d'autorisation. Michel Tomi avait été condamné pour abus de biens sociaux alors qu'il été gérant du casino de Bandol.

Parmi les autres témoins très attendus mardi figure Philippe de Villiers, appelé à la barre dans l'après-midi, qui s'était associé à Charles Pasqua pour les élections européennes de 1999.

L'affaire du casino d'Annemasse est l'un des trois dossiers pour lesquels comparaît Charles Pasqua devant la CJR, créée pour enquêter sur les présomptions de crimes et délits commis par des ministres dans l'exercice de leurs fonctions et les juger.

Le verdict sera prononcé le 30 avril. Le sénateur des Hauts-de-Seine encourt jusqu'à dix ans de prison.

En 2008, Charles Pasqua a été condamné dans le volet non ministériel du dossier d'Annemasse à 18 mois d'emprisonnement avec sursis pour "financement illégal de campagne électorale", une peine confirmée en appel.

Charles Pasqua, 83 ans, a toujours nié les accusations et soutenu que ces affaires avaient été montées de toutes pièces pour l'empêcher de se présenter à l'élection présidentielle de 2002 contre Jacques Chirac.

En cas de prison ferme, la peine ne pourrait être mise à exécution, en raison de l'immunité parlementaire de Charles Pasqua. Un pourvoi en cassation retarderait l'échéance. Cette protection a contribué jusqu'ici à lui éviter toute garde à vue ou incarcération, malgré une pléiade d'enquêtes.

Clément Dossin, édité par Yves Clarisse