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Green bonds : pourquoi la France atteint des sommets

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Selon un classement publié par l'organisation britannique Climate Bonds Initiative, la France se hisse de nouveau à la première place des pays émetteurs d'obligations vertes depuis le début d’année. Et alors ?

Par « green bonds », il faut comprendre : emprunts émis sur les marchés en vue de financer exclusivement des projets verts dont l'impact se révèle positif pour le climat et/ou l'environnement.

Au premier semestre 2019, le marché en question a repris des couleurs au point de dépasser les 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Ce qui, de l’avis, de Sean Kidney, le directeur général de Climate Bonds Initiative, constitue un heureux présage pour la seconde partie de l’année. Reste à savoir pourquoi, mais surtout quel est l’intérêt pour les organisations de miser dessus.

Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic (une société spécialisée dans la finance durable et l’économie responsable), revient sur les enjeux qui entourent ces obligations.

Les émissions de green bonds sont reparties à la hausse et viennent de franchir un nouveau cap. A quoi est-ce dû selon vous ?

Anne-Catherine Husson-Traore : Il y a effectivement eu un palier en 2018, une forme de stagnation au sein du marché des obligations vertes qui surfait sur une croissance spectaculaire depuis plusieurs années. Cette stagnation et ce regain que nous observons cette année s’explique de différentes manières. La Commission européenne, et plus précisément la Direction Générale de la stabilité financière, a lancé fin 2017 un groupe d’experts qui a planché sur un rapport de recommandations consacré à la finance durable. Le but : que la finance durable devienne justement une règle d’or pour tous les types d’investissements.

Dans ce dispositif, les green bonds étaient naturellement en bonne place. Ce plan d’action européen vise à définir les activités qui se veulent véritablement vertes mais surtout à les distinguer de celles qui le sont moins. L’idée de ce rapport tenait au fait de mieux définir ce qui est vert et de le mettre en œuvre au travers d’une taxonomie européenne qui permettrait, notamment, de donner naissance à un label de green bonds. En 2018, il a fallu un petit temps pour voir comment tout cela se mettait en œuvre. D’où la stagnation constatée. Mais aujourd’hui, les émissions sont reparties de plus belle. Ce regain de vitalité se traduit également par une meilleure compréhension des besoins. Or, dans ce domaine, les besoins sont tout simplement immenses.

C’est également un marché (celui de la finance durable et plus spécifiquement des obligations vertes) où l’on constate une énorme différence entre l’offre et la demande, entre les investisseurs et les émetteurs. Lesquels émetteurs ne sont, au demeurant, pas si nombreux que cela. Ces éléments combinés expliquent le dynamisme des émissions de green bonds.

Avec plus de 15 milliards de dollars d’obligations vertes émises depuis le début de l’année, la France atteint désormais la première place des pays émetteurs au point de devancer les Etats-Unis et les Pays-Bas. Qu’est-ce que cela implique ?

Il s’agit clairement d’une bonne nouvelle. Surtout que la France a joué un rôle important dans le développement de ce marché. Les arrangeurs d’affaires que sont les banques, les collectivités territoriales, ainsi que de grandes entreprises émettrices comme Engie par exemple ne sont pas étrangères à cette réussite. Pour ce qui est d’EDF et d’Engie justement, ils sont tous deux positionnés sur le nucléaire. En émettant des obligations vertes, ils ont pu attirer de nouveaux investisseurs. En matière d’attractivité, les green bonds constituent un levier intéressant. Cela rend les entreprises plus intelligibles, plus lisibles. Cela représente également un signal fort vis-à-vis des marchés.

Toutefois, ce contraste entre l’offre et la demande n’est autre que la démonstration par l’absurde que lorsque l’on laisse les mécanismes de marchés fonctionner, ils ont leurs limites. Le risque majeur pour les investisseurs tenant, encore une fois, au fait que des obligations pas si vertes que cela voient le jour. D’où l’intérêt de la taxonomie.

Il faut dire également que les entreprises ne se révèlent pas assez matures et qu’elles ne disposent pas forcément encore de la capacité à gérer comme il se doit leur transformation bas carbone. Du côté des investisseurs, des données comme celles que constituent l’émission de green bonds permettent de voir si les entreprises visées s’inscrivent ou non dans cette trajectoire.

Parmi les acteurs publics et privés les plus actifs du semestre en la matière, on retrouve des organisations comme la Caisse des Dépôts ou le groupe français Engie qui a émis en janvier dernier sa cinquième obligation verte pour un milliard d’euros. Quel est leur intérêt ?

Dans les deux cas, la stratégie est sensiblement similaire. Au fil des ans, Engie s’est transformé pour devenir un fournisseur de services. Cette logique de transformation a permis aux investisseurs de mieux comprendre l’entreprise. En émettant des obligations vertes, Engie a pu financer sa transition.

Pour ce qui est de la Caisse des Dépôts, les green bonds constituent un sujet historique. L’institution financière publique a annoncé qu’elle allait investir pas moins de 16 milliards d’euros pour financer la transition énergétique d’ici une à deux années. L’avantage des green bonds émis par la Caisse des Dépôts, c’est qu’il s’agit d’obligations vertes et durables qui permettent d’éviter des fractures économiques et sociales au niveau territorial. Au final, il s’agit d’un marché qui se diversifie en fonction des problématiques.

Julie COHEN-HEURTON