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Télétravail et enfants: des parents entre colère, débrouille et incompréhension

Baptisée Welcome, la caméra intelligente de la société française Netatmo reconnait le visage des personnes qui passent devant elle. Les parents peuvent automatiquement être avertis par Welcome lorsque leurs enfants rentrent à la maison.

Baptisée Welcome, la caméra intelligente de la société française Netatmo reconnait le visage des personnes qui passent devant elle. Les parents peuvent automatiquement être avertis par Welcome lorsque leurs enfants rentrent à la maison. - Netatmo

Pour la deuxième fois en un an, les parents télétravailleurs devront s'occuper de leurs enfants pendant leurs journées de travail. Mais chacun a retenu les leçons du premier confinement. Témoignages.

Tout le monde s'y attendait, mais l'officialisation de l'annonce a été pour beaucoup vécue comme un coup de massue. A partir de lundi, les écoles, collèges et lycées seront fermés pour au moins trois semaines, les déplacements inter-régionaux seront interdits: il faudra donc encore une fois télétravailler à la maison tout en s'occupant de sa progéniture. Un défi.

Pour autant, chacun a retenu les leçons du premier confinement et personne ne veut répéter les mêmes erreurs. La panique n'est pas non plus au rendez-vous. A l'image d'Elodie L., cheffe d'entreprise et maman d'une fille de 9 ans.

"Je sais désormais que je dois m'organiser avec d'autres parents pour mettre en place des gardes communes par roulement, c'est la seule solution pour pouvoir travailler correctement même si cela va à l'encontre des mesures qui visent à limiter les contacts", plaide-t-elle. Quant aux soutiens familiaux, "on les a déjà beaucoup sollicités..."

"Ce qu'on a compris au premier confinement, c'est qu'il est impossible de travailler et s'occuper des devoirs, d'occuper son enfant pendant les vacances, éviter de le laisser devant la TV. C'est impossible de le faire à plein temps, de concilier les deux. Encore plus pour moi qui suis à la tête de mon entreprise, cela atteint un niveau de complexité ingérable", poursuit-elle.

La possibilité de sortir, ça change tout

L'expérience du premier confinement permet néanmoins de "mieux gérer la chose, d'anticiper l'organisation avec d'autres parents, on est clairement plus débrouillard".

Par ailleurs, la possibilité de sortir quasi-librement sans limite horaire et dans un rayon de 10 kilomètres, l'ouverture de nombreux magasins changent tout par rapport au premier confinement et permettent de "ne pas avoir cet affreux sentiment d'enfermement que l'on a vécu en mars 2020", souligne Elodie. "D'ailleurs, pour ceux qui n'ont pas d'enfant, ces nouvelles mesures ne changent rien", gronde-t-elle.

La colère, c'est aussi le sentiment d'Adèle A*., salariée et maman d'une fille en bas âge. "La priorité théoriquement donnée à l'éducation est bradée pour pouvoir travailler c'est dingue", assène-t-elle.

"On brade notre santé physique et psychologique, celles de nos enfants, pour maintenir l'activité économique or rien n'est fait pour les parents: pas de remboursement des frais de garde, pas de prise en considération, pas de remerciements non plus, je suis en colère", poursuit-elle.
Pour Adèle, pas question de faire comme il y a un an. "Lors du premier confinement, on a tout donné pour le travail, pour les enfants, de 7h à 22h, je ne le referai pas, je le refuse. C'est un métier à plein temps de garder un enfant".

"Je ne le referai plus, je refuse"

La solution? Solliciter encore la famille, "c'est hors de question, je ne veux pas qu'ils prennent des risques". Prendre une nounou? "Ca coûte 1000 euros par mois, pourquoi le faire?". Travailler moins? "Je ne veux pas vivre ce qu'on a vécu l'an dernier donc je vais demander à mon employeur de moins travailler, voire de ne pas travailler du tout. Mais ça sera compliqué, je le sais".

Adèle aurait d'ailleurs fortement apprécié que dans son allocution d'hier Emmanuel Macron appellent les employeurs à être souples vis-à-vis des salariés en télétravail avec enfant(s) notamment en termes de charge de travail...

Enfin, il y a aussi ce sentiment d'interrogation quant à l'efficacité des mesures annoncées. "Je n'ai plus confiance dans le fait que si on fait tout ce qui est demandé, les résultats seront là. Car à part pour les parents, je ne vois pas bien ce que ça change, quant à la communication sur la vaccination, elle n'est pas claire", estime Elodie qui s'interroge également sur la crédibilité d'une réouverture de l'économie le 15 mai prochain.

Pour ces deux parents, la période qui s'ouvre est évidemment source d'angoisse. Et même si les leçons ont été tirées, si chacun va essayer d'ajuster son organisation au quotidien, une terrible lassitude règne, une lassitude assez peu compensée par les espoirs de retour à la normale promises par les vaccins.

*: le prénom a été modifié

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business