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Militaires trop payés: l'armée renonce à récupérer 95 millions d'euros

Le ministère des Armées a décidé d'abandonner près de 95 millions d'euros d'indus à cause de son logiciel de paie défectueux. Il a pour le moment récupéré 70% des 573 millions versés en trop à son personnel.

Louvois, le logiciel de paie de l’Armée française -désormais célèbre pour ses couacs- aura fait disparaître au moins 95 millions d’euros des caisses du ministère des Armées. Lors d'une audition à l’Assemblée nationale, repérée par La Tribune, Jean-Paul Bodin, secrétaire général pour l’administration, explique qu'au 31 juillet, les sommes trop perçues que le ministère veut récupérer se sont élevés à 573 millions depuis le début de la crise. "405 millions d’euros ont été recouvrés, soit environ 70 % du total", a-t-il poursuivi indiquant au passage que le ministère a "décidé d’abandonner près de 95 millions d’euros, dont 20 millions d’euros résultant de remises gracieuses et le reste de problèmes de calendrier dans l’envoi des demandes de recouvrement". 

Adopté en 2011, épinglé en 2013 dans un rapport de la Cour des comptes: Louvois a collectionné les défaillances, payant trop, pas assez voire pas du tout les personnels de l'Armée. En novembre 2013, Jean-Yves Le Drian alors ministre de la Défense le qualifiait de "désastre. Une vraie catastrophe" et annonçait son abandon.

Mais depuis, Louvois continue d’être utilisé, le temps de mettre en route son successeur: Source Solde. Selon Jean-Paul Bodin, Louvois "est relativement stabilisé et fournit aujourd’hui des soldes qui semblent justes". Quant à Source Solde, il en en retard "puisque nous aurions dû basculer vers ce système courant 2018. [...] L’industriel a rencontré un certain nombre de difficultés dans la mise au point du dispositif, en raison de la très grande complexité de notre système de rémunération", justifie-t-il.

Source Solde, bientôt prêt?

Et pour éviter un fiasco comme au lancement de Louvois, l'Armée veut assurer ses arrières en y allant pas à pas: tout d'abord en faisant fonctionner les deux logiciels en parallèle pour détecter des problèmes et ensuite en déployant corps d'armée par corps d'armée en commençant par la Marine.

Surtout que depuis 2013, une autre difficulté a été ajoutée au cahier des charges de Source Solde: le prélèvement à la source. "Les tests techniques réalisés sur Louvois et sur Source Solde montrent que ces dispositifs peuvent intégrer le prélèvement à la source", rassure le secrétaire général, avant de pointer du doigt une spécificité de la rémunération des militaires: des soldes très disparates d'un mois à l'autre. "Pour les militaires, l’une des grandes difficultés de mise en œuvre du prélèvement à la source tient à l’existence de revenus exceptionnels. [...] Nous sommes par conséquent en train de mettre en place des outils d’accompagnement de ces personnels", comme des notices, une plateforme téléphonique, le recours à des fiscalistes... Le ministère veut à tout prix éviter un Louvois bis.

Anne-Katell Mousset