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Le Medef mobilise les patrons pour recruter des militaires blessés en mission

Le Medef publie un guide pour aider les entreprises à recruter des soldats blessés

Le Medef publie un guide pour aider les entreprises à recruter des soldats blessés - Patrice Coppée - AFP

Après une carrière stoppée nette à cause d'une blessure, les soldats doivent redevenir des civils et trouver une entreprise. Le Medef publie un guide pour aider les entreprises à mieux comprendre le fonctionnement de l'armée pour recruter d'anciens soldats.

"On a le droit de tomber, on a le devoir de se relever". Il a fallu des années à Fernand pour verbaliser sa douleur lors d’un témoignage émouvant diffusé lors d’un colloque qui s’est tenu dans les locaux parisiens du Medef le 27 mars qui s’est tenue en présence de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargées des personnes handicapées, et le Général Lecointre, chef d’Etat-major des Armées.

Ce marin a été atteint d’un syndrome post-traumatique après une opération dont il ne donnera aucun détail. Après s’être laisser couler, il est remonté à la surface grâce à un emploi. Ce travail a redonné un sens à sa vie.

Se familiariser avec les acronymes

Pour aider les militaires blessés à devenir des civils, Geoffroy Roux de Bézieux appelle aux chefs d’entreprises afin de les inciter à les recruter. Ce sujet lui tient particulièrement à cœur. Lors de cette réunion, il l’a confié que son père, militaire, a été blessé au combat et s’est investi dans l’association des Gueules Cassées. Depuis son service militaire dans les commandos de marine de Lorient, il est resté très proche de l’institution militaire.

Le comité de liaison Défense-Medef a publié un guide afin d’aider les chef d’entreprises à se repérer dans un système si organisé qu’il semble complexe aux profanes. On y découvre par exemple la myriade d’acronymes dont les militaires se sont faits une spécialité. Il faudra le consulter pour comprendre ce type de phrase: "Un militaire présente un SSPT depuis une Opex et bénéficie d’une PMI et selon son arme est suivi par la CABAM, la CABAT, la CABAGN ou la CABMF".

Ce guide sert à comprendre ce langage, et aussi à clarifier un système qui semble complexe afin de donner les clés pour réussir l’intégration d’un ancien soldat dans le civil. L'armée dispose de spécialistes comme ceux de l'agence Défense Mobilité qui accompagne les militaires et fait le lien avec les entreprises.

Un militaire blessé reste un soldat

"Il faut savoir que l’on n’embauche pas un blessé. C’est un militaire qui a été contraint de faire le deuil de sa vocation, mais qui reste un soldat", explique Laurent Melchior Martinez, médecin-chef des Armées. "Le soldat qui se sépare [de l’armée] est en quête de sens et il va chercher dans l’entreprise un même sens", poursuit le général Lecointre.

Et les responsables d’entreprises venus témoigner lors du colloque dévoilent les qualités des soldats. "Ils ne travaillent pas pour eux-mêmes, ils ont le sens du collectif, sont responsables, motivés et savent rendre compte", estime Jean-Jacques Chovet, DRH d’Arquus (ex Renault Trick Défense). Pour Charles Fiessinger (Michelin), "les soldats découvrent parfois que dans l’entreprises, la hiérarchie peut être ouvertement contestée". Mais surtout, comme le rappelle Alexandre Molinéris, ancien militaire qui a fait carrière chez Vitale Assistance après une blessure, l’entreprise a a tout à gagner avec des personnes capables de s’adapter aux situations. 

Entre 2007 et 2016, plus de 600 militaires ont été blessés lors d’opérations extérieures (Opex), selon un rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM). Selon l’Agence de reconversion de la défense (ARD), "plus d’une centaine de militaires blessés ont été reclassés dans le civil (secteur privé et public), contre une quarantaine en 2017, soit une augmentation de 140 %". Geoffroy Roux de Bézieux incite à accélérer la cadence. "Ces hommes et ces femmes ont choisi de servir, mais une blessure a changé leur vie. Ils ont quitté un collectif, nous devons leur en proposer un autre", propose le patron du Medef.

Pascal Samama