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Chine et États-Unis reprennent leurs négociations commerciales sous haute tension

Le représentant américain au commerce Robert Lighthizer, le 22 mars 2018 à Washington.

Le représentant américain au commerce Robert Lighthizer, le 22 mars 2018 à Washington. - Mandel Ngan-AFP

Les États-Unis et la Chine reprennent ce mercredi leurs délicates négociations commerciales dans un climat de tension extrême alimentée par la série d'inculpations visant le géant des télécoms chinois Huawei et l'une des ses dirigeantes, en liberté surveillée au Canada.

Les deux super-puissances mondiales entament la reprise de leurs négociations commerciales bilatérales dans un climat très tendu. Dans ces tractations qui devraient durer deux jours, les deux premières puissances économiques mondiales se disputent rien moins que la position dominante dans les futures industries de hautes technologies, selon le représentant américain au commerce (USTR) Robert Lighthizer, négociateur en chef pour la partie américaine.

La Chine a lancé en 2015 un plan baptisé "Fabriqué en Chine 2025" (Made in China 2025) destiné à faire du pays un leader mondial des industries de demain, qu'il s'agisse d'aéronautique, de robotique, de télécommunications ou encore d'intelligence artificielle et des véhicules à énergie nouvelle.

De son côté, l'administration américaine veut mettre fin à des pratiques commerciales qualifiées de "déloyales", pointant du doigt le transfert forcé de technologies américaines dans le cadre de co-entreprises en Chine, le vol de la propriété intellectuelle américaine ainsi que les subventions massives accordées aux entreprises chinoises d'Etat pour en faire des champions nationaux.

Droits de douane entre Etats-Unis et Chine, au 3 décembre 2018
Droits de douane entre Etats-Unis et Chine, au 3 décembre 2018 © Gal ROMA, AFP/Archives

Pour contraindre Pékin à corriger ces distorsions commerciales, la Maison Blanche a déjà infligé des taxes douanières supplémentaires sur 250 milliards de dollars d'importations chinoises. Elle menace de porter de 10 à 25% le niveau de taxes sur 200 milliards de dollars de biens importés si les négociations en cours n'aboutissent pas.

Pékin a rétorqué en imposant des tarifs douaniers additifs sur 110 milliards de dollars de biens américains.

Face à l'enjeu de ces négociations, aucun expert ne s'attend à l'élaboration d'un accord complet à l'issue de ces deux jours de discussions. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a, lui-même, implicitement écarté cette idée en soulignant qu'il escomptait des "progrès significatifs". Il a rappelé qu'à l'issue de ces nouveaux pourparlers, les deux parties disposeraient encore de 30 jours avant la fin de la trêve décrétée le 1er décembre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping.

L'affaire Huawei, source principale de conflit?

Un accord exhaustif semble d'autant moins probable que ces pourparlers s'ouvrent alors que le ministère américain de la Justice a dévoilé treize chefs d'inculpation --liés à des violations des sanctions américaines contre l'Iran-- visant Huawei et sa directrice financière Meng Wanzhou, arrêtée au Canada en décembre à la demande des enquêteurs américains.

Les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping, avec leurs délégations, le 1er décembre 2018 à Buenos Aires
Les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping, avec leurs délégations, le 1er décembre 2018 à Buenos Aires © Les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping, avec leurs délégations, le 1er décembre 2018 à Buenos Aires. Saul Loeb-AFP.

Pour l'heure, Washington affirme avec force que ce dossier est indépendant des tractations commerciales. "Ce sont des questions séparées avec un traitement séparé", a ainsi déclaré, du côté des États-Unis, Steven Mnuchin, tout comme le ministre du Commerce Wilbur Ross.

"Il est évident que l'affaire Huawei complique considérablement les négociations commerciales. Il n'y a aucun doute là-dessus", souligne pourtant Monica De Bolle, experte au Peterson Institute for International Economics. "L'affaire Huawei peut, à un certain moment, provoquer un point de rupture" des discussions, poursuit-elle.

Signe de l'enjeu de ces discussions, Liu He, le très influent conseiller économique du président Xi Jinping, dirigera la délégation chinoise à Washington. Cet économiste de formation, diplômé de la prestigieuse université américaine de Harvard, doit rencontrer Donald Trump en personne.

Liu He, conseiller économique du président chinois Xi Jinping, le 25 juin 2018 à Pékin
Liu He, conseiller économique du président chinois Xi Jinping, le 25 juin 2018 à Pékin © Liu He, conseiller économique du président chinois Xi Jinping, le 25 juin 2018 à Pékin. Wang Zhao-AFP.

Jusqu'à présent, le président américain s'est montré plutôt optimiste, estimant les États-Unis en position de force face à une Chine à l'économie déclinante. En 2018, le géant asiatique a en effet enregistré la plus faible croissance (6,6%) de ces 28 dernières années, affecté notamment par la guerre commerciale.

Mais l'occupant de la Maison Blanche apparaît, lui aussi, affaibli depuis qu'il a cédé aux démocrates en mettant fin le 25 janvier à la fermeture partielle des administrations (shutdown).

"Le danger est que les autres pays en concluent que Donald Trump est un tigre de papier. Il prend des positions fortes en public, se place lui-même dans des situations dans lesquelles il ne peut pas gagner, puis fait marche arrière", commente Edward Alden, expert en commerce international au Council on Foreign Relations. Selon lui, "cela pourrait renforcer l'idée que la meilleure stratégie pour la Chine est d'attendre".

Frédéric Bergé avec AFP