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Allemagne: l'inquiétant avertissement du gouvernement aux futurs retraités

Le taux de pauvreté chez les plus de 65 ans est trois fois plus élevé en Allemagne qu'en France

Le taux de pauvreté chez les plus de 65 ans est trois fois plus élevé en Allemagne qu'en France - Stux - Pixabay - CC

Dans un rapport publié le 26 octobre, le gouvernement allemand invite les salariés à se prémunir contre une inéluctable baisse de leurs revenus quand ils seront retraités. Les pensions versées par les caisses de retraite risquent de "sérieusement décliner".

Le gouvernement allemand a au moins le mérite d'être franc. Dans un rapport publié mardi 26 octobre, il met en garde les futurs retraités. Leur niveau de vie une fois qu'ils auront quitté la vie active risque d'être affecté par la faiblesse des retraites qui leur seront versées. Des pensions qui "vont, sans complément de retraite, sérieusement décliner", peut on lire noir sur blanc dans ce rapport officiel publié tous les quatre ans et révélé par la Süddeutsche Zeitung.

Le gouvernement avertit notamment les salariés qui gagnent le moins bien leur vie. Ce sont eux qui doivent le plus anticiper une baisse des moyens dont ils disposeront après leur retraite dans la mesure où la retraite complémentaire à laquelle ils cotisent via leur employeur sera très limitée.

Certes des garde fous existent en Allemagne. Dès lors que les revenus des retraités sont inférieurs à 773 euros, l’État peut, sous certaines conditions, verser un complément pour atteindre ce minimum, dont on notera au passage qu'il est quasiment équivalent au minimum vieillesse français : 800 euros pour une personne seule.

L'inexorable vieillissement de l'Allemagne

Mais ce minimum n’est pas suffisant pour vivre correctement. En Allemagne, compte tenu du coût de la vie, est considérée comme pauvre, une personne seule qui gagne moins de 892 euros par mois. En France ce seuil est de 935 euros. Or en Allemagne, les personnes qui vivent seules représentent 40% des ménages.

Si le gouvernement met en garde les futurs retraités c’est aussi pour éviter que l’État, les Länder et les communes allemandes se retrouvent financièrement exsangues du fait du vieillissement accéléré de la population. En 2014 (dernières statistiques connues), les plus de 65 ans représentaient 35% de la population active (les hommes et femmes de 20 ans à 64 ans, pour être précis). Et l’Insee allemand, Destatis, prévoit qu’ils seront plus de 50% d’ici à 2030. On voit mal comment chaque actif pourrait à lui seul assumer les besoins financiers de deux retraités… Même au minimum vieillesse. 

Une nouvelle réforme nécessaire

Dans son récent rapport sur les différents systèmes de retraites, le cabinet Mercer attribuait une note très moyenne à l'Allemagne et la classait à la 11e place (sur 24 pays) soit à peine mieux que la France (13e). Les auteurs de ce classement s'inquiètent de la viabilité du système allemand à long terme.

L'Allemagne a pourtant prévu de reporter progressivement l'âge légal de départ à la retraite de 65 ans à 67 ans d'ici à 2030. Mais, jugeant, ce rallongement de la vie active insuffisant, Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances a repris à son compte le souhait du patronat d’aller encore plus loin. Il préconise de le porter à 70 ans. Les sociaux-démocrates qui partagent le pouvoir avec la CDU d’Angela Merkel ont opposé leur veto. Le sujet sera donc au coeur du débat des futures élections fédérales qui auront lieu dans un an.

Pierre Kupferman et Julien Marion