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Aide aux banques espagnoles: les marchés en dents de scie

Les marchés se sont retournés dès la mi-séance ce lundi 11 juin.

Les marchés se sont retournés dès la mi-séance ce lundi 11 juin. - -

A l’ouverture, ce lundi 11 juin, les Bourses européennes ont salué l’aide à destination des banques espagnoles. Mais, très vite, les doutes sur ce plan ont eu raison de l'euphorie.

L’accalmie aura été de courte durée. Ce lundi 11 juin au matin, les Bourses européennes ont démarré en trombe. Le CAC 40 prenait près de 2% à l’ouverture, après l’annonce du plan d’aide européen au secteur bancaire, jusqu’à 100 milliards d’euros.

"En termes de communication, c’est très positif, note Sébastien Barbé, économiste du Crédit Agricole CIB, car le montant de l’aide est très largement supérieur aux 40 milliards d’euros que le FMI estimait nécessaires pour les banques espagnoles."

Mais si le marché a d’abord été dopé par cette nouvelle, dès la mi-séance, le CAC 40 a effacé une très grande partie de ses gains. Il a finalement clôturé en légère baisse de 0,29%.

Même dynamique sur les valeurs bancaires: elles se sont envolées le matin, pour terminer en chute libre. Après avoir tous deux pris plus de 4% vers 10 heures, les cours de la Société Générale et du Crédit Agricole ont cédé plus de 3% à la clôture.

Des doutes sur les détails du plan

Pour certains observateurs, les marchés avaient anticipé l’aide au secteur bancaire espagnol. "Déjà la semaine dernière, il y avait de fortes rumeurs quant à une intervention européenne. L’IBEX (la Bourse espagnole, ndlr) avait alors pris 7%", indique Leopold Arminjon, gérant chez Henderson Global à Londres, dans Intégrale Bourse après-midi. Pour ce dernier, "la réaction des marchés ce matin était sans doute exagérée".

Le marché a surtout cédé aux nombreuses inquiétudes qui entourent le plan dont les modalités restent très floues. A l’heure où nous écrivons, les dirigeants européens n'ont pas précisé lequel des deux fonds de secours européen (FESF, MES) pilotera cette aide. Et aucun indice n’a circulé sur les contreparties que devront apporter les banques espagnoles en échange de cette aide.

Au-delà de ces incertitudes, ce plan d’aide fait craindre un transfert de dette du secteur bancaire vers les finances publiques espagnoles. Pour Léopold Arminjon, en effet, "la dette du secteur bancaire grossira celle de l’Etat espagnol. Elle va potentiellement monter de 9 points de PIB, de 84 à 93% d’ici fin 2013".

Un endettement de l

L'ardoise va donc s’alourdir pour Madrid alors que l’Espagne est censée amorcer une phase de désendettement de son économie. "Le fait que les banques espagnoles puissent être correctement capitalisées et solvables ne signifie pas forcément que le robinet du crédit va fonctionner en Espagne, avertit Benoît de Broissia, analyste bancaire chez KBL Richelieu, puisque le secteur privé a besoin de se désendetter."

Il n’y a qu’à regarder l’évolution des taux d’emprunt de Madrid ce lundi pour évaluer l’appréhension des marchés sur les finances espagnoles. Les taux à 10 ans ont fait le grand écart, passant brièvement sous la barre des 6% ce matin pour se tendre énormément l’après-midi, à 6,47%.

Benoît de Broissia cite une autre raison pour expliquer cette tension sur les taux. Qu’ils le soient par le MES ou le FESF, les crédits ainsi accordés seront remboursés en priorité, avant ceux de tous les autres créanciers de l’Espagne.

Madrid pourrait aussi entraîner Rome dans sa chute. Pour preuve: lundi, les taux italiens à 10 ans se sont presque autant tendus que leurs homologues espagnols, pour atteindre la barre des 6%. La Bourse de Milan a d’ailleurs clôturé dans le rouge pour signer la chute la plus forte parmi les Bourses européennes.

Julien Marion