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La "woman tax" existe-t-elle vraiment en France? 

Les produits cosmétiques destinés aux femmes ne sont pas systématiquement plus chers que ceux des hommes.

Les produits cosmétiques destinés aux femmes ne sont pas systématiquement plus chers que ceux des hommes. - Peas - Flickr - CC

Certains produits, comme les rasoirs ou les crèmes de soin destinés aux femmes, sont effectivement plus chers que ceux des hommes. Mais en déduire qu'il existe une "taxe rose" serait un raccourci.

Les femmes paient-elles vraiment plus cher leurs produits que les hommes? A en croire le collectif féministe Georgette Sand, et différentes études ad hoc de médias, comme celle du Figaro, on peut le penser. Certaines études américaines attestent également de ce différentiel sexiste. Mais la réalité est, semble-t-il, plus complexe. C'est en tout cas ce qu'affirment les spécialistes de l'analyse de données du site Journalism++. Ces derniers ont tenté de récupérer le maximum de données et de mener une étude de grande ampleur sur l'existence réelle de cette "taxe rose", ou "Woman Taxe".

Ils se sont d'abord rendu compte qu'effectivement des produits achetés chez différents distributeurs français et allemands (Sephora, Monoprix, Rossman et Douglas) pouvaient être plus chers (au litre ou au kilo)) pour les femmes. Mais en comparant les produits deux à deux, les datajournalistes se rendent compte que selon les marques, les équilibres varient, et que, parfois, la version masculine est plus onéreuse.

Les déo Sanex plus chers pour les hommes

Par exemple, sur les déodorants. Chez Cadum, ou chez Sanex, ces messieurs paient plus. Chez Nivea, ils coûtent à peu près la même chose. Le Narta est bien plus cher pour les femmes. Mais là encore, les analystes regrettent de ne pouvoir intégrer à leur étude les produits Axe, très chers, parce qu'ils ne s'adressent qu'aux garçons et n'autorisent donc pas de comparaison.

Les données qu'ils recueillent montrent en outre que les marques proposent plus de produits d'entrée de gamme aux femmes qu'aux hommes. Concernant les déo, l'offre est deux fois plus large pour les femmes que pour les hommes dans la catégorie de prix la plus basse.

Difficile dès lors de tirer un enseignement global, d'attester de l'existence d'une "taxe rose", et encore plus de la mesurer. Les constats de la vie de tous les jours, que les rasoirs roses sont plus chers à l'unité que les bleus, resteront à l'état d'anecdotes. Car finalement, perdu dans les données, à deux doigts de se lancer dans une étude sociologique de grande ampleur sur les coûts spécifiques à chaque genre, l'auteure de l'article s'est résolu à abandonner le projet. Elle a donc rédigé un long texte, agrémenté de graphiques, détaillant les limites de sa tentative.

Des différences de prix tangibles dans les services

Et de conclure que le problème des prix supérieurs pour les femmes existe néanmoins. Il est particulièrement tangible concernant les services. Chez le coiffeur par exemple, où la coupe est systématiquement plus coûteuse pour ces dames, quelle que soit la longueur de leurs cheveux. Au pressing aussi, où de précédentes études ont montré que le nettoyage à sec d'un chemisier se payait davantage que celui d'une chemise.

Journalism++ espère ainsi que les autorités françaises, qui avaient promis un rapport sur cette question, et peut-être de nouvelles lois si l'existence d'une "woman tax était avérée", interdiront ces pratiques. Un espoir qui semble bien utopiste: dans ledit rapport, le gouvernement évoque justement l'impossibilité de prouver l'existence de surcoût des cosmétiques féminins, en se basant… sur l'enquête de J++.

N.G.